Yu Hua Cris dans la bruine 8/10
J'ai beaucoup aimé ce film « Vivre » mais ma femme un peu moins. Ceux qui l'ont vu se souviennent de cette scène d'accouchement en plein pendant la révolution culturelle. Ce sont des paysannes infirmières qui font l'accouchement. Se déclare une hémorragie ; mais il n'y a aucun docteur ! La panique dans l'hôpital ; ces paysannes si sûres d'elles avec leur brassard rouge et leur air sévère perdent tous les moyens qu'elles n'ont jamais eu. On part dans la rue trouver un docteur ; on ramène un vieillard exsangue, les lunettes brisées, le dos chargé de la cangue (cet infâmant linteau de bois porté sur les épaules). Le docteur veut bien aider mais il est épuisé ; il n'a pas mangé depuis trois jours. Quelqu'un court lui chercher des petits pains « mantou » 馒头 dans la rue.
Le vieux docteur en avale douze de suite et meurt étouffé. Pendant ce temps la femme (jouée par Gong Li) meurt en couche. Horrible scène ; une absurdité extrême. Si ma femme est restée marquée par cette scène vue ensemble, c'est parce que la nuit même, juste après le film, elle accouchait de son premier enfant !
« Vivre », c'est la famille plus importante que l'adversité. Une sorte d'instinct de la famille qui est plus fort que toutes les passions (le jeu) et que toutes les humiliations (le Maoïsme).
Et « cris dans la bruine » aborde aussi merveilleusement bien ce thème de la famille, dans les yeux d'un jeune garçon d'une dizaine d'années. Il est mal-aimé par rapport à ses deux frères ; son père infidèle et violent l'envoie chez un autre couple dans une ville éloignée. L'histoire se passe en pleine période maoiste, mais l'auteur n'étale aucune accusation de type idéologique. Il montre juste toutes les atteintes à la famille ; par bêtise ou par violence. Tout se découvre dans les regard d'un petit garçon ; les infidélités ouvertes du père, le total irrespect du grand père qui a pourtant eu une vie étonnante et dont on attend juste qu'il meure ; les mouvements telluriques de l'adolescence ; tout cela est merveilleusement bien écrit et décrit.
- Peut on reconnaître l'écriture de quelqu'un en chinois ?
- Y a t il dans la tradition ou aujourd'hui une graphologie chinoise ?
Finissons ce billet par une coincidence (ou un clin d'oeil?) : nous avions croisé dans la nouvelle Guxiang de Luxun une "princesse du tofu", en référence à la beauté de XiShi 西施. Et bien on trouve aussi une "princesse XiShi 西施 du tofu" dans ce "cris dans la brume" (page 277 chez Actes sud) ; amusant, non ?
A lire !






cela me refait penser au mariage de cette fille avec un boiteux ; tous les invités apportent (pour ne pas prendre de risques) le même cadeau : le petit livre rouge de mao ...
ces temps sont révolus et heureusement
(Comment this)
En parlant du mariage de la fille muette et du jeune homme boiteux, c'était touchant aussi: le jeune homme est parti sans rien dire, ce qui a fait croire qu'il n'était pas intéressé par la fille muette, mais peu plus tard il est revenu avec des copains pour réparer la maison pour sa future belle famille.
Ce que j'aime bien aussi, c'est l'optimisme qui a conclut le film: le couple - Fugui et Jiazhen - ont perdu leur unique fils quand celui-ci n'était qu'un enfant, et puis leur unique fille muette quand celle-ci accouchait, mais à la fin ils avaient quand-même leur petit-fils (à cause duquel sa mère est morte), ce qui apporterait sûrement du bonheur au vieux couple après avoir éprouvé tant de difficultés dans la vie .... (Comment this)
- d'abord parce que c'était, je crois, le premier film chinois que je visionnais, permettant donc une rencontre autrement que livresque avec la Chine - infiniment plus humaine, proche et lointaine -
- et surtout parce que j'ai accouché d'Ostiane la nuit même où nous l'avons vu. Pendant tout l'accouchement, j'étais hantée par des images cauchemardesques et bénissais le ciel de pouvoir accoucher en France à notre époque.
Ce film a donc pour moi un goût très particulier, fort, presque violent, et il est intimement lié à un des plus beaux jours de ma vie de femme. (Comment this)
de peur de trahir notre conversation récente sur le public et le privé ; je te propose de continuer cette discussion sur l'oreiller !
(Comment this)