Thursday 29 November 2007

Un poème Tang de 李商隐

Li Shangyin 李商隐 est un fameux poète Tang, originaire de la ville de Xingyang 荥阳 au Henan. Il manie particulièrement l'allusion, ce qui rend sa traduction en francais difficile. Les sous-entendus de ses poèmes ont donné lieu à des siècles de débats en Chine. Nous ne sommes pas ici dans l'humour ni dans le satirique, mais dans le sentimental :


向晚意不适,驱车登古原。

夕阳无限好,只是近黄昏。

Crépuscule, esprit endolori ;
Je conduis mon chariot à travers le plateau.

Ce coucher de soleil est infiniment beau,
Mais tellement proche de la nuit !






























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Wednesday 28 November 2007

Sarkin à Péko

Pour honorer la vénérable visite présidentielle, voici deux vidéos

D'abord sur la manière dont des employés chinois voient leurs patrons francais

Ensuite, spécialement pour Jean Christophe ;-) une chinoise très célèbre qui demande notre président en mariage

Vous m'en direz des nouvelles !

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Saturday 24 November 2007

Beaux Bouddhas

Deux expositions vues récemment m'invitent à faire un billet sur ces statues de bouddha.

D'abord l'exposition "on the Nalanda Trail" à l'Asian Civilisations Museum de Singapour, que j'ai vue la semaine dernière.

Des pièces magnifiques, avec un parcours d'exposition donnant à imaginer ce que pouvaient être les pérégrinations (vers l'ouest)  des moines chinois sous les dynasties wei et tang.
Deux choses m'ont marqué dans cette visite :

- Des représentations très anciennes du bouddha, dans lesquelles nous ne voyions que la chaise du bouddha, ou bien l'arbre de l'éveil, mais point de bouddha. En effet , ce n'est que plusieurs siècles après la vie de bouddha que l'on commenca à le représenter (au premier siècle de notre ère). Avant cela, il était toujours suggéré sous forme de vide, d'absence.

- Des calligraphies Tang absolument magnifiques ; d'un tracé tellement régulier que l'on visualisait le moine en train de copier ses sutras avec application. En voici deux :




Ensuite une mise en valeur, au Musée Guimet, des acquisitions des dix dernières années. Je suis allé voir l'expo aujourd'hui.


Voici un moine (parmi une paire), dont la sérénité était vraiment impressionnante ; ce recueillement qu'il évoque me semble atemporel ; un rayonnement qui n'a pas changé depuis mille ans qu'il tient cette position.


Moine assis formant le sceau ésotérique du “Recueillement sur le sinciput du Buddha” (Fobu xin sanmeiye yin) Chine, dynastie des Song du Nord (960-1127), Sculpture, bois laqué sur feuille métallique H. 69,5 cm

Voici la paire de moines (cliquer pour agrandir) :
      
 



Ensuite, un autre moine Chinois (c'est l'arhat Tâmrabhadra, en chinois danmoluo batuo luo), de la dynastie Liao (à l'époque Song, c'est à dire vers l'an mil de notre ère, mais plus au Nord Est de la Chine). En céramique, il était extraordinairement vivant. Haut de plus d'un mètre en position assise (c'est à dire à taille humaine réelle), il était concentré ; et c'était impossible d'accrocher son regard . Mais son humanité était frappante



Le revoici de plus près :


Vous pouvez les retrouver tous les deux dans la visite virtuelle du musée Guimet; au premier étage (section chine proche népal)
Posted by florent at 17:47:29 | Permanent Link | Comments (6) |

Thursday 22 November 2007

Abstraction suite

Ce billet fait suite au premier billet sur un livre d'Anna Ghiglione : La pensée chinoise ancienne et l'abstraction

 

Le chapitre 8 s'appelle « langue silencieuse et abstraction ». Il aborde les rapports des mots aux choses : rapports d'analogie ou de signification. L'auteur refuse la qualification purement analogique de la langue chinoise classique. On retrouve ici le rejet taoiste des conventions du langage, ainsi que le courant de "rectification des noms". (zheng ming)


Le chapitre 9 aborde les thèmes de Langue écrite, style et abstraction. L'auteur étudie l'idée selon laquelle la langue chinoise, langue écrite en particulier, serait plutôt inapte à la formulation de raisonnements et de concepts abstraits. Et elle renverse encore une fois un raisonnement qu'elle considère comme erroné : "puisque les chinois ont peu parlé de logique et d'abstraction, c'est nécessairement que leur langue ne leur permettait pas". Pour l'auteur ce ne sont pas des limitations linguistiques, mais plutôt un simple manque d'intérêt qui justifierait cette atrophie.  

L'auteur argue en premier lieu du fait que l'écrit et  l'oral étaient déjà quelque peu divergents à l'époque pré-Qin ; il faudrait donc que la langue soit doublement handicappante, à l'écrit comme à l'oral.

Un long passage examine l'"être" en chinois, sujet abondamment débattu. Sans verbe "être" équivalent à celui qu'on trouve dans les langues indo-européennes (c'est à dire un être pris isolément de ce qui l'entoure), la langue chinoise priverait ses adeptes de la logique et de l'abstraction. En chinois selon Graham, on dit plutôt que dans le monde il "y a" quelquechose. On peut alors parler de "cela". Cela empêcherait par exemple l'idée de Dieu, présente en Inde puis en Occident.
Mais, comme le montre le paradoxe du "cheval blanc n'est pas cheval", un mot chinois peut désigner à la fois une chose contrête et un concept abstrait. Il montre aussi qu'on savait distinguer une chose d'une propriété en chinois.
Dernier point : le fait que le contexte soit si important pour interpréter la langue chinoise (je le vis tous les jours en apprenant cette langue!) a souvent été interprété comme un manque d'abstraction. Mais cette interprétation confond en réalité les notions d'abstraction et de précision.

On apprend ainsi à rejeter, avec la phénoménologie moderne (Ullmo qui montre comment la science ne s'intéresse que provisoirement à l'être, avant de revenir à la relation dont il est issu), l'opposition entre deux visions du langage : une vision constructiviste et une vision naturaliste. La langue-image du chinois est ancrée dans le contrêt, mais elle n'en est pas moins capable d'accéder à l'abstraction.
L'idée selon laquelle une langue phonétique permet de se détacher du monde sensible pour accéder à l'abstrait ; cette idée là n'a jamais été démontrée.

Jusque là j'étais facilement d'accord avec l'auteur, mais je le suis moins à la fin du chapitre, où il est question de conservatisme et de progressisme. Le chinois serait conservateur (attaché à la tradition par les caractères immuables), alors que l'occidental serait mû par un désir de changement, de progrès. Bien que je sois sensible à la réfutation de ce préjugé, je n'ai pas trouvé les arguments du livre (qui dénonce un chevauchement de plans d'analyse) convaincants.

La conclusion m'a semblé intéressante ; elle mène à l'idée que l'étude menée ne permet pas de conclure à un génie chinois, mais plutôt à une occurence chinoise du génie humain. L'auteur reconnait que la Chine pré-qin ne faisait pas de distinction établie entre le concret et l'abstrait. Mais elle conteste les assimilations qui s'ensuivent. Dire que la chine a accumulé de ce fait un retard scientifique et technologique, c'est voir en le progrès un bien (ce qui n'est pas prouvé) causé par le raisonnement abstrait (ce qui n'est pas prouvé non plus). En effet, l'ère moderne en occident voit un regain d'intérêt pour le concret. Et réciproquement la langue chinoise s'est modernisée pour devenir "déculturalisée" et ainsi propice au raisonnement scientifique. En même temps, le progrès récent nous a fait perdre une fonction narrative présente dans l'antiquité, tant en Chine qu'en occident. Le succès des blogs n'est il pas justement un retour à cette fonction narrative ?


Posted by florent at 23:11:10 | Permanent Link | Comments (3) |

Wednesday 21 November 2007

Vous chantiez, j'en suis fort aise...

...Et bien dansez maintenant!


Posted by florent at 21:52:47 | Permanent Link | Comments (2) |

Tuesday 20 November 2007

Des limites occidentales vues par un chinois

 "Attention, ce n'est pas l'Occident en tant que tel que nous prendrons aveuglément comme modèle. Ce rationalisme à outrance et cette volonté de puissance qui dans leur forme exagérée isolent l'homme occidental de l'univers vivant et du reste du monde conçu uniquement comme objet de conquête, nous en avons souffert dans notre chair pour toutes ces guerres désastreuses et ces occupations asphyxiantes depuis plus d'un siècle qui nous sont imposées sans répit"    
Francois Cheng, le dit de Tianyi, P96
Posted by florent at 19:41:00 | Permanent Link | Comments (3) |

Sunday 18 November 2007

Génotype, phénotype et fromages

L'humanité partage son patrimoine génétique à 99,7%. Les différences entre races sont donc plutôt de l'ordre de l'apparence (phénotype) que de l'espèce.

Mais dans les 0.3% d'écart se trouvent quand même des différences. Par exemple sur la digestion du lait ; il y a en fait une spécificité des européens : Nous sommes les seuls (avec certaines populations sahéliennes vivant d'élevage) à digérer facilement la lactose après l'allaitement du premier âge. Ceci nous provient des peuples du nord de l'europe, éleveurs en pays froid, qui ont développé par mutation génétique une facilité à digérer le lait. Voir ici les détails scientifiques (encore merci wiki) 

Alors pour revendiquer mon identité française (le fais-je assez sur ce blog?), voici des photos du plateau de fromage qui nous attend pour le dîner de ce soir. Ce n'est pas tous les jours comme cela : nous fêtons l'anniversaire de ma chérie !



Posted by florent at 19:41:31 | Permanent Link | Comments (4) |

De la musique avant toute chose

Je parle beaucoup de poésie dans ce blog (26 billets), avec un intérêt particulier pour la traduction de poésie chinoise

Voici quelques vers de Verlaine qui m'ont transporté. L'auteur donne des conseils à un ami pour écrire de la poésie ; les huit premiers vers sonnant à mes oreilles comme un discours taoiste :

Art poétique

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

Posted by florent at 13:30:37 | Permanent Link | Comments (2) |

Saturday 10 November 2007

Le mouton, c'est bon...

Et le mouton blanc, c'est excellent !

Le mouton, pour des raisons qui m'échappent encore, porte une connotation très positive en chinois.
Précisons que le caractère désigne en chinois le mouton et la chèvre.


Regardons d'abord un ancien caractère (sur bronze) du mouton 羊 :

Le mouton est présent, avec le poisson , dans la formation du caractère signifiant délicieux : . On emploie ce mot pour des mets rares, pour une nourriture bien préparée, exceptionnelle.

Pour dire "nourrir, élever", on utilise aussi un caractère comprenant le mouton : (simplifié en )  est formé du mouton (légèrement altéré dans sa partie basse) au dessus de la nourriture . (notons toutefois que dans ce caractère le mouton est donné comme phonétique : il n'exprime pas de sens particulier).

Jusque là on comprend bien que le mouton soit associé à un goût savoureux et à l'élevage. Mais il existe aussi d'autres mots dans lesquels le mouton donne une connotation très positive :

signifie "beau, joli" ; il est formé d'un grand mouton .

signifie "bon, amical, charitable" ; à l'origine il était fait d'un mouton sur la parole (dont une forme ancienne est Image IPB)

On retrouve aussi notre mouton dans la justice (Simplifiée en ),  formée de  au dessus d'un élément wo  phonétique.


Signalons enfin que l'histoire francaise du vilain petit canard existe en chinois sous le nom du vilain petit mouton (en voir la traduction sur ce blog).

Si quelqu'un connaît l'origine de cette "bonne image" du mouton en chinois ancien, je suis intéressé !
Posted by florent at 12:59:51 | Permanent Link | Comments (0) |

Encore un poème de Sushi : 题西林壁

Plusieurs lecteurs avaient apprécié le poème sur une ivresse au clair de lune (il y a aussi celui de ses dix ans de veuvage), alors voici encore un poème de Su Shi (苏轼) ou Su Dongpo. Nous sommes aujourd'hui en montagne, près du fameux sommet de lushan.

Ce poème très connu nous dit comme nous ne voyons pas ce grand monde tant que nous restons immergés dedans.


题西林壁

苏轼

横看成岭侧成峰,
远近高低各不同。

不识庐山真面目,
只缘身在此山中



La muraille(1) de Silin ; su shi


Regardant droit devant moi, je vois des cols de tous côtés

Vers le haut s'élèvent des sommets dans la tramontane

Lointains et proches, hauts et bas, ils sont si variés !

Le vrai visage de cette montagne, je ne peux le connaître tant que je suis dans Lushan (2).



Notes :

(1) Ici peut être un mur autant qu'une falaise. C'est sans doute le second, nous avons conservé muraille qui peut aussi être naturel

(2) Lushan est une montagne sacrée du Jiangxi 江西. Si lin 西林 est sans doute un lieu dit de la région avec une belle vue.

(Encore merci à Jade pour son aide dans la traduction ; j'ai mis du temps à comprendre le 身)
Posted by florent at 10:55:11 | Permanent Link | Comments (1) |
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