Ce livre des éditions You-Feng est une très bonne initiation à la langue ancienne, même pour quelqu'un qui comme moi n'a pas un très bon niveau de chinois moderne. Le texte est truffé de phrases anciennes, dont on reconnaît parfois les plus notoires (zhuangzi, anecdotes classiques très célèbres, Laozi...). L'auteur a enseigné à l'Inalco (langues'O) pendant une vingtaine d'années. Je lis ce livre avec lenteur et délectation.

Ne l'ayant pas encore fini, je reviendrai commenter ou ferai un second billet.
On y parle de mots vides, c'est à dire de mots impossibles à employer hors d'une structure grammaticale. Des mots qui n'ont pas de sens en eux-mêmes. Le livre est publié en 1991, mais l'auteur prétend curieusement qu' « actuellement, aucun ouvrage français ou anglais ne traite des mots vides ». L'idée de mot vide serait discutable dans une approche occidentale de la langue classique chinoise, à moins qu'elle n'ait été que très peu étudiée en sinologie ou en linguistique jusqu'ici ?
En tous cas les mots vides sont pour la plupart encore utilisés en langue moderne (白话baihua) : adverbes, prépositions, particules, conjonctions, mots exclamatifs. Seuls les pronoms étaient mots vides uniquement en langue classique (文言 : wen yan). On note que les spécificatifs ne sont pas des mots vides.
Le livre ne fournit que des caractères traditionnels ; j'utilise ici des caractères simplifiés en reprenant parfois en bleu les caractères traditionnels
Citations anciennes
Il y a beaucoup de proverbes, comme celui ci qui m'a amusé :
抛砖引玉 拋磚引玉
pao zhuan yin yu ;
« montrer un morceau de brique pour inciter les autres à sortir leur jade », autrement dit « débiter quelques banalités pour faire jaillir des idées brillantes ». Il s'applique si bien à un début de négociation !
On lit page 77 :
白马之白也无以异於白人之白也
« Nous disons qu'un cheval est blanc comme nous disons qu'un homme est blanc. »
Cette phrase est présentée comme exemple d'un adjectif employé comme un nom : ici 白bai signifie « la couleur blanche » plutôt que « blanc ».
Je crois y avoir reconnu l'un des arguments employés dans le développement de l'énoncé 白马非马 « bai ma fei ma »: un cheval blanc n'est pas un cheval, voir le premier et le second billet sur cette forme de sophisme chinois.
Ou encore cette phrase amusante en langage de cour :
願大王寬其罪使得畢其辭.
Je vous prie, majesté, de pardonner mon audace, mais laissez-moi finir ma phrase.
(la phrase dont je ne connais pas l'origine est citée p 99 pour montrer l'utilisation de 其 qi pour dire « je »)
Une autre phrase drôlement irrévérencieuse :
今恩足以及禽獸而功不至於百姓者獨何與.
Comment se fait-il que votre bienfaisance soit assez grande pour s'étendre aux oiseaux et aux quadrupèdes, et que vos sujets soient les seuls qui n'en ressentent pas les effets !
Evolutions de sens
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Merci beaucoup de m'avoi