Monday 26 December 2005

Zhao bu dao ; chercher sans trouver

Ce post adresse une question à laquelle je n'ai jamais pu répondre : la langue chinoise est elle plus précise ou plus vague que la langue Francaise ?

Je me contenterai juste de donner un exemple, qui m'est venu à l'esprit grâce au gentil commentaire du dénommé Antoine sur les feux tricolores.

Alors voici mon exemple :

En chinois :

我找不到  (4 mots : Wo Zhao bu dao : Moi Chercher Pas Arrivé)

En Francais :

Je l'ai cherché mais je ne l'ai pas trouvé      (11 mots)

La concision de l'expression chinoise, avec très peu de mots, m'avait frappé lors d'un cours de chinois.

En cherchant la meilleure traduction francaise,  je sentais combien notre grammaire et ses structures surchargent la phrase, parfois jusqu'à privilégier le respect des règles plutôt que la meilleure formule, donnant le plus de sens avec le moins de mots possibles. A quoi servent tout ces "L apostrophe" dans la phrase francaise ?

La langue chinoise me semble porter ce souci d'économiser les mots.

 Le Livre de la voie et la vertu, de LaoZi, ne contient que 5000 signes ! Et pourtant il n'est pas déchiffré aujourd'hui, les traducteurs se battent encore sur les interprétations possibles.

En fait le chinois ne cherche pas nécessairement à préciser les choses jusqu'à en resserrer le sens. On aime à dire quelquechose à moitié, laissant l'interlocuteur finir l'autre moitié du discours dans sa tête. Et cela me semble être une grande vertu.

Mais cela dit, plus on progresse en chinois, plus on se rend compte que de petites règles grammaticales bien tordues viennent aussi vous polluer la vie (place dans la phrase des le1 et le2 par exemple). Des mots de vocabulaire nous semblent incroyablement précis ("désigne le vert de la jeune feuille d'amandier au printemps").

Je crois qu'il n'y a pas de réponse à la question "le chinois est il une langue précise?", car la notion même de précision est porteuse de subjectivité et déformée par les origines culturelles. Le chinois me semble plus économe en mots mais je ne sais pas dire s'il est plus précis.

Pour finir je propose une énigme chinoise : c'est une phrase de Mozi, écrite quelques siècles avant Jésus Christ, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre :

白马非马 

Bai Ma Fei Ma

Traduction : "Cheval blanc n'est pas cheval"

 

Quel sens cette phrase a t elle pour vous ???

 

Posted by florent at 16:36:05 | Permanent Link | Comments (40) |

Bai ma fei ma : cheval blanc n'est pas cheval

Bai ma fei ma ;

En caractères non simplifiés avec un générateur de calligraphie sur chine-nouvelle.com

(vous remarquez la différence sur le caractère cheval par rapport au post ci dessus)

白马非马

Posted by florent at 15:44:25 | Permanent Link | Comments (13) |

Shi Nai An : Au bord de l'eau 7/10

Voilà un monument de la littérature chinoise ;

Une des grandes oeuvres dans le domaine épique (alors que le rêve dans le pavillon rouge serait plutôt romantique et la pérégrination vers l'ouest plutôt mystique)

La paternité d'Au bord de l'eau (Shui Hu Juan en chinois) est généralement attribuée à Shi Nai An, qui l'aurait écrit au XIVe siècle, et à Jin Sheng Tan, qui l'aurait édité plus tard, au XVIIe.

La fresque est immense, et décrit les aventures de 108 brigands en rébellion, parfois malgré eux, contre le pouvoir de l'empereur. Nos références occidentales seraient plutôt  Les trois mousquetaires ou Robin des bois.

Les randonnées mouvementées et les descriptions de combats, les relations fraternelles et parfois émouvantes entre les brigands, les attaques de repaires nichés dans les monts et les marais nous placent de manière très vivante dans la Chine d'il y a quelques siècles.

Je recommande particulièrement la traduction de Jacques Dars (voir aussi sa très belle traduction des Carnets secrets de Li Yu), collection Folio, pour la richesse du vocabulaire et des notes. Au bord de l'eau

Voici Song Jiang , Le chef de la bande des marais

 

Shi En, le léopard aux yeux d'or, un des héros de l'histoire

Jian aidant Chao Gai à s'échapper

 

Pour en savoir plus voir un site très bien construit et documenté sur Au bord de l'eau

(Les descriptions des héros sont extraordinaires)

 

Posted by florent at 15:37:20 | Permanent Link | Comments (2) |

Pierre Loti : les derniers jours de Pékin 6/10

Que vient faire Pierre Loti dans ces notes de lecture sur la Chine ?

Il vient raconter son voyage à Pékin, dans la cohorte militaire du corps expéditionnaire Franco-Anglais en charge d'aller mettre au pas les boxeurs en révolte, quarante ans après le saccage du palais d'été à Pekin, afin de bien montrer une fois pour toutes la suprématie occidentale.

Le livre , présenté comme un journal, commence en septembre 1900 et se termine en mai 1901.

L'avantage de ce livre, c'est qu'on se rassure sur le fait que tous les membres de ce corps expéditionnaire n'étaient pas aussi brutaux et insensibles, qu'il y avait quand même quelques esprits ouverts qui se demandaient "ne sommes nous pas en train de faire une bêtise ?"

Voici juste les trois dernières phrases du merveilleux Pierre Loti. Elles se situent après des scéances de profanation et de pillage à la cité interdite (la collection impériale de marionnettes d'ombres chinoises a fait un très joli brasier) :

Il nous semble que cette soirée vient de consacrer d'une manière irrémédiable l'effondrement de Pékin, autant dire l'effondrement d'un monde. Quoi qu'il advienne, l'étonnante cour asiatique reparaîtrait elle même ici, ce qui est bien improbable, Pékin est fini, son prestige tombé, son mystère percé à jour.

Cette "ville impériale", pourtant, c'était un des derniers refuges de l'inconnu et du merveilleux sur terre, un des derniers boulevards des très vieilles humanités, incompréhensibles pour nous et presque un peu fabuleuses. 

Ces phrases renvoient pour moi à la peur de l'inconnu et de la conspiration, à la vision occidentale de la guerre (j'anéantis mon ennemi), opposée à la vision du jeu de go, mais heureusement elles me  donnent le signe d'une sensibilité à ce qui pourrait (ou aurait pu) être admirable dans l'incompréhensible de l'Autre.

J'ai un vieux bouquin acheté en 1905 (pas par moi!), aux éditions Emile Colin. Là aussi pas de photo google donc ; juste une photo de ce qu'il reste du temple du ciel (Tian Tan)

(merci à Fred pour la correction !)

Posted by florent at 11:41:18 | Permanent Link | Comments (10) |

Georgette Jaeger : l'anthologie de trois cents poemes de la dynastie des Tang 4/10

Publié par la "société des éditions culturelles internationales", imprimé par l'imprimerie des langues étrangères de Beijing, ce recueil est la traduction par Georgette Jaeger d'un recueil constitué au XVIIe siècle.

Georgette Jaeger, c'est une de ces sinologues (Belge en l'occurence) dont je n'arrive pas à comprendre la persévérance. Née en 1920, elle a consacré sa vie à l'histoire chinoise (particulièrement les lettrés sous les tang), mais n'a pu se rendre en chine entre la seconde guerre mondiale et 1976 ! Comment se passionner ainsi pour une culture sans la voir ???

C'est dommage il n'y a pas les caractères chinois ; juste la traduction en francais et des notes de lecture.

J'ai acheté ce bouquin en Francais au vietnam, désolé il n'y a pas de photos de la couverture sur google. Je mets à la place un lien vers une jolie page traitant de la poésie chinoise, et pointant vers un riche index (c'est une librairie belge).

Juste un passage en remerciant d'avance l'auteur :

Si au fil du temps, il nous prend l’envie de comparer la poésie chinoise à la poésie occidentale, nous constaterons bien des différences, notamment dans la manière de traiter les sujets, que ceux-ci glorifient le courage moral, l’héroïsme ou l’amour.

Sous les Tang et les Song, la poésie révélera le secret de la civilisation la plus développée dans l’histoire du Moyen Age. Ces poètes ont chanté l’ordre de l’univers et l’harmonie de la nature, autrement dit, ils ont engagé l’homme à diriger ses désirs et harmoniser ses sentiments

Posted by florent at 11:12:43 | Permanent Link | Comments (0) |

Pu Songling : Chroniques de l'étrange 8/10

Voilà un très bon bouquin, effectivement assez étrange

Il s'agit de contes, rassemblés par l'auteur au XVIIe siècle mais datant souvent de périodes lointaines. On y rencontre des esprits, des renardes, des animaux fantastiques, des histoires à dormir debout.

 

Juste un mot sur les renards : cet animal est réputé plus intelligent que l'homme, et capable de se transformer en belle femme qui dévore sa victime après l'avoir séduite. La croyance était encore vivace au XVIIe siècle. Une question : doit on y voir une stupide superstition animiste, ou bien le signe d'une humilité de l'homme dans la nature ?


Des contes à lire pour voir comment les imaginaires collectifs, entre Grimm et Pu Songling, ont à la fois des traits communs et des fondements bien lointains.

Posted by florent at 09:50:58 | Permanent Link | Comments (1) |

Saturday 24 December 2005

Feu rouge vert

Un commentaire du dénommé "le chinois" m'a fait penser à un point intriguant de la langue chinoise.

Son commentaire propose un lien très amusant vers des explications sur les constructions de caractères

(((j'ai y particulièrement aimé :

(corps) + (riz) = * le riz qui mijote dans le corps (les excréments)   )))

 
Alors voici mon exemple ; il s'agit d'un mot récent (encore plus récent en chine qu'en france) : le feu rouge
Ce mot se dit en chinois :       红绿等 (hong lu deng) 
 
On le traduit par "lumière rouge verte". Quand ma prof m'a appris le mot, j'ai eu un vrai bloquage mental pour l'accepter. Je ne comprenais pas l'association des mots. Le feu est rouge, ou bien il est vert, mais il n'est pas les deux (c'est justement pour cela qu'on l'a inventé!). Pourquoi ne pas l'appeler "Feu rouge", ou bien "feu vert", au choix mais l'un des deux ?
 
Cette expression montre encore une fois l'aisance de la culture chinoise pour appréhender les contraires.
 
D'autres exemples connus :
 

东西 - DongXi : est ouest : une chose (c'est forcément entre l'est et l'ouest !)

左右 - ZuoYou : gauche droite : environ (un coup à gauche, un coup à droite)
阴阳 - Yin Yang : je crois qu'il y a une signification à l'association des deux mots, mais je ne m'en souviens plus.
Quelqu'un à des lumières (rouges vertes) ?
 
 
Posted by florent at 09:15:36 | Permanent Link | Comments (10) |

Wednesday 21 December 2005

Chine puissance économique

Allez,

Un petit mot sur cette nouvelle qui déffraie la chronique depuis deux jours : la Chine a recalculé son PIB, et son économie passe à la quatrième place mondiale, doublant d'un coup France et Grande Bretagne.

Comment ? par une enquête gigantesque qui a duré un an et qui a mobilisé 13 millions de personnes (après la grande muraille et les barrages, les enquêtes !). Le PIB des services, qui était mal mesuré, passe ainsi de 36% à 41% de l'économie Chinoise (ce qui est encore peu)

Quelques commentaires très très rapides.

  1. La croissance Chinoise
  2. Les statistiques : exclusivité occidentale ?
  3. La place de la chine dans les relations internationale

 PIB Inde 2000-20050

  1. D'abord saluons la croissance de l'économie chinoise, qui dépassera celles des Etats Unis dans quelques décennies. Ni zhidao le ma ? (ne le saviez vous pas ?). La Chine a doublé sa production depuis 1999, elle dépassera cette année les Etats Unis comme premier fournisseur mondial dans les technologies de l'information (source OCDE)
  2. Ensuite notons la difficulté chronique à produire des statistiques dans l'empire du milieu, en raison de la taille du pays, du faible contrôle du gouvernement  central sur les provinces, et de facteurs culturels. Attardons nous sur ces facteurs qui sont le sujet de ce blog ! Depuis des millénaires l'autorité est absolue et menacante ; elle détient le mandat du ciel et il est impossible de la contrarier ou de lui faire perdre la face.  Ainsi sous l'empire un gouverneur de province, après s'être prosterné devant l'empereur, lui décrira comment sa province fleurit grâce aux bienfaits du fils du ciel, sans nullement mentionner les crues qui viennent de décimer sa région. Ensuite sous Mao, les rapports de récoltes mirobolantes affluent en 1958, alors que la famine emporte des millions de personnes. Enfin lors de l'épidémie de SARS, que j'ai vécu de Hong Kong il y a deux ans, le manque de transparence dans la publication des chiffres venait encore de cette réticence des provinces à parler de malheur aux structures centrales.

Il faut saluer les efforts considérables consentis en matière de statistiques, sous l'impulsion du gouvernement central qui en reconnait le besoin pour piloter l'économie (et accessoirement lever l'impôt), mais le temps de statistiques fiables à l'échelle du PIB national ne semble pas venu.

3. Dernier commentaire sur la légitimité chinoise dans les relations internationales : Allons nous pouvoir exclure longtemps la Chine du club des grands pays industrialisés ? Le G8 préfère-t-il garder son influence en accueillant les vraies grandes puissances, ou la perdre en refusant d'intégrer une nation qui n'est pas occidentale ?

Peut on imaginer que des conflits à venir comme l'accès aux ressources pétrolières soient correctement suivis au sein de groupes comme le G8, s'ils n'intègrent pas la 4e économie mondiale ?

J'en reviens toujours à la même question, cher lecteur :

Pourrions nous,  occidentaux, comprendre et accepter la différence de gens qui voient les choses autrement que nous ?

 

Posted by florent at 19:08:57 | Permanent Link | Comments (10) |

Monday 19 December 2005

Lu Xun : La véritable histoire de Ah Q

Un autre grand classique de la littérature chinoise du 20e siècle, après Le tireur de pousse, mais la véritable histoire de Ah Q m'a semblé un texte beaucoup plus original, voire exubérant. 

    Lu Xun

Le style vire parfois au loufoque, un peu comme chez Boris Vian.

Pourtant ce livre a déchainé, au même titre que Le tireur de pousse, les compliments lyriques des analystes littéraires marxistes chinois.

Study the revolutionary spirit of Lu Xun, become a pathbreaker in the criticism of Lin Biao and Confucius, 1974

Cette affiche de 1974 appelle à étudier la cause révolutionnaire de Lu Xun et à critiquer Confucius

 

 

Un film a été tourné par Cen Fan en 1981, soixante ans après la parution de la nouvelle.

Ah Q, pauvre SDF, dans les derniers temps de la chine impériale (juste avant 1911), se trouve balotté par un destin mouvementé. Il refuse de reconnaitre ses difficultés (qu'il transforme toutes en succès) Dans un véritable délire, il se lance dans toutes sortes de mensonges rocambolesques, qui le mènent à la gloire puis à la déchéance.

Un proverbe chinois désigne très joliment l'escalade de "qui vole un oeuf vole un boeuf" :

Quand on monte sur le dos du tigre il est difficile d'en descendre !

 

ah-q

 

Voir une bonne analyse (Philippe Serve)  et une très bonne analyse (perspectives chinoises / David Pollard) sur ce livre très court mais très amusant

Lu Xun est aussi connu sur sa recherche littéraire, dans l'effervescence de la courte république chinoise.

Voir  à ce sujet un papier dense mais passionnant de la revue "perspectives chinoises" sur le monde romanesque chinois au XXe siècle.

 

Posted by florent at 18:26:21 | Permanent Link | Comments (0) |

Lao She : Le tireur de pousse 4/10

un classique de la littérature chinoise du siècle dernier. Enseigné dans toutes les écoles ; c'est l'histoire d'un tireur de pousse qui tire le diable par la queue à Pekin.

Le roman est misérabiliste à souhait ; Zola décrivait un monde doux et confortable, en comparaison.

Lao She  a écrit dans les années 30, puis a été repris par la propagande communiste. J'ai acheté le livre en francais dans une petite ville au sud de la chine. Il est édité par les "éditions en langue étrangères Beijing" et voici une petite phrase évocatrice tirée de la quatrième de couverture :

"En 1957, on a tiré du Tireur de pousse une pièce de théâtre qui est, à l'heure actuelle, une des plus aimées et des plus souvent représentées en Chine".

Autre petite phase de l'introduction : " Réduit à faire face à sa propre misère et à la corruption sociale, Xiangzi devient une parfaite illustration  de la désintégration de l'âme humaine dans la classe laborieuse chinoise."

Il n'empêche que le livre est intéressant et facile à lire

Une question : doit on voir la vie en noir ?

ou en orange ?

Posted by florent at 14:00:33 | Permanent Link | Comments (3) |
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