Friday 21 October 2005

Face, loi et moi

Ce message traite d'une notion déjà resservie à toutes les sauces aigres-douces de la littérature sur la culture chinoise : la face.

 

 

 

 

La notion est tellement éculée, manipulée, interprétée que je m'interdis parfois de me faire une opinion dessus, en me raccrochant à des simplifications telles que : « la face c'est pareil dans toutes les cultures ; cela s'exprime différemment et c'est tout ».

 

 

 

En même temps elle traite d'un sujet tellement énorme qu'un blog entier ne suffirait pas à aller au bout (si toutefois un blog pouvait aller au bout de quelquechose). Je voudrais quand même ici essayer de creuser un peu, sans avoir la prétention de construire un raisonnement, en reconnaissant d'avance que le sujet traité en quelques lignes comportera plus de raccourcis et d'impasses que d'avancées.

 

Bref lecteur, si tu sais ce qu'est la face, ou si tu ne crois pas qu'on puisse en parler en une page, passe ton chemin ; tu as sans doute raison.

 

 

 

Deux termes chinois désignent la face : Mianzi et Lian (désolé je n'arrive vraiment pas à coller des caractères chinois sur ce blog).

La face, c'est comme une bulle qui flotte autour de la personne, et qui lui renvoie une image positive d'elle-même. C'est une sorte d'espace vital lié aux bonnes manières. Commencer à grignoter cet espace vital (par exemple en expliquant à quelqu'un qu'il a mal fait ce travail et que le résultat aurait été meilleur de telle autre manière), c'est attaquer l'individu dans sa dignité, lui manquer de respect. La pire expression chinoise en la matière, c'est « déchirer la face ».

 

 

 

Mais attention la face au sens chinois est différente je crois de l'honneur au sens occidental du terme. L'honneur fait référence à une morale, il implique des devoirs de la personne face à la collectivité et porte en partie ma responsabilité. L'honneur du soldat inconnu de 14-18, c'est ce qui a causé sa gloire et sa perte. L'honneur touche un trait important de notre société occidentale : la loi. La loi nous dépasse tous et nous sommes égaux devant elle ; elle donne à chaque individu une sécurité et une responsabilité ; Déshonorer quelqu'un c'est lui faire perdre sa place d'individu responsable dans une telle société.

 

 

 

La société chinoise traditionnelle repose plus sur les clans que sur la loi. Clans familiaux, villageois, religieux. Nous ne sommes certainement pas tous égaux devant quelquechose comme la loi. Cela dépend de notre clan et de notre place dans le clan. Le devoir moral serait plutôt l'interprétation du supérieur sur la conduite à suivre dans telle situation de l'inférieur. Pas très égalitaire, comme système, je vous l'accorde ; mais l'idée d'égalité n'est elle pas souvent éloignée de la réalité ?

 

 

 

Donc il ne faut pas confondre la face et l'honneur. Parlons maintenant d'individualité. Un cliché sur la Chine (et sur les cultures orientales) consiste à dire que l'individu est écrasé par le groupe. C'est largement vérifié et observable ; l'occident a développé, avec ses sociétés normées et son état de droit, une forme individualisme que l'on ne retrouve pas en Asie. L'occident a glorifié l'individu comme base autonome de la société, qui se définit d'abord comme tel. 

 

 

 

Mais ne peut on pas dire que la face définit aussi un individualisme ; d'un autre ordre que celui de l'occident ? Cet individualisme représente la personne et sa face comme ce qu'il y a de plus précieux ; une valeur inaltérable que la société et les bonnes manières doivent absolument préserver. L'individu est connecté aux autres, ce n'est pas un concept en soi. Dans la définition confucéenne de l'homme, les "5 relations" (père, fils...) sont un véritable constituant de l'être humain, au même titre que la capacité d'apprendre. J'ai eu une relation à mon père, qui fait aujourd'hui partie de moi même.

Cet individualisme chinois se conçoit à l'inverse de celui que nous donne la loi dans ce qu'elle a d'universel. 

 

 

 

Je prends un exemple pour illustrer mon propos : Rentré de 3 ans en chine, je souffrais comme tout le monde dans cette situation d'une déprime liée à la réadaptation aux carcans français. Petite déprime, et surtout beaucoup de soucis et tracasseries pour faire rentrer ma famille dans la règle de nos multiples instances administratives. Je monte dans un train pour aller d'Epernay à Reims, pour mon travail. Avec ma carte familles nombreuses, je crois que le ticket coutait moins de 4 euros. Arrive le contrôleur de notre vénérable société nationale des chemins de fers, qui fait son travail. Il observe que la carte famille nombreuses est périmée depuis 6 jours. Je lui réponds que je n'ai pas eu le temps de la faire refaire, étant très pris en ce moment. Il rétorque qu'il va être obligé de me verbaliser, de 22 euros je crois. Je mentionne que si ma carte est périmée, mes enfants, eux ne sont pas périmés du tout et bien vivants. Ma carte, ce n'est qu'une carte. Il ne veut rien entendre et me verbalise. J'en ressors totalement démoralisé, affligé. C'est vrai que j'étais fragile, mais j'ai mis deux semaine à m'en remettre. J'ai perdu la face au sens chinois du terme. Au nom de la loi et du règlement, une situation que j'estime particulière n'a pas été pris en compte et je me suis senti bafoué. Ce pauvre monsieur qui faisait son travail m'a semblé être un monstre, manquant totalement d'intelligence de situation.

 

 

 

La loi est elle le bon instrument pour ma sécurité dans la société ? N'y a t il pas des situations dans lesquelle l'occidental, pétri des droits de l'homme et des règlements associés, écrase des personnes au nom d'un système justement défini pour protéger l'individu ? L'égalité ne serait-elle pas un mythe autour duquel nous aurions construit un arsenal judiciaire nous masquant parfois la réalité ?

 

 

 

Une conclusion politiquement pas correcte du tout : Je ne sais pas si les droits de l'homme sont un bon système pour les sociétés occidentales qui les ont produits, mais je pense aujourd'hui qu'ils ne sont pas universels, en ceci qu'ils ne s'appliquent pas à la chine d'aujourd'hui. En chine la société valorise l'individu autrement que par la loi.

 

 

 

Pascal a dit « vérité en deçà des Pyrénées ; erreur au delà »

 

 

 

Ma proposition à nous autres occidentaux : avant de dire que cette déclaration du 18e siècle s'applique telle qu'elle aux chinois, et avant de partir en croisade sur ce sujet, pourrions-nous essayer de comprendre cet individualisme chinois, et de voir s'il a du bon pour nous ?

 

 

 

Des commentaires ? si oui merci de répondre sur ce blog !

 

Si vous être d'accord avec la proposition d'ouvrir nos horizons, je vous propose un lien vers un papier sur la face, que je viens de lire et qui est beaucoup plus solide que le mien. Le passage sur la honte fait  écho à mes points sur l'honneur, et j'ai trouvé l'idée d'"inconscient culturel" passionnante. Le papier donne également une vision positive de la face chinoise.

 

(le chapitre suivant de ce site, c'est un papier sur le temps qui est également passionnant. Je voulais faire un post sur les visions linéaire et cyclique du temps, mais pas la peine ; le sujet y est mieux développé que ce que je saurais faire)

Posted by florent at 18:26:32 | Permanent Link | Comments (3) |

Thursday 13 October 2005

Perspectives chinoises

Un peu de pub pour une revue très riche sur la chine contemporaine, revue que je lis assidument :

 

 

Posted by florent at 19:03:26 | Permanent Link | Comments (0) |

Monday 10 October 2005

Jung Chang : Les cygnes sauvages 3/10

C'est la triste histoire de trois générations de femmes :

La grand mère est concubine d'un général au début du siècle : d'atroces conditions de vie dans une chine exsangue et marquée par des traditions terribles pour les femmes.

La mère s'engage au parti et fait (enceinte) la longue marche, dans l'espoir de créer une chine nouvelle et révolutionnaire. Son mari et une bonne partie de ses 5 enfants font les frais des tourments chinois à la fin de l'ère mao.

La fille (l'auteur) est déracinée, elle ne sait pas qui elle est et s'enfuit dès qu'elle le peut, dans les années 70, à Londres.

Intéressant mais l'auteur reste amère ; elle n'a pas pardonné son destin à son pays, le livre en ressort un peu fielleux. Aucune poésie ; rien à voir avec le regard que porte Francois Cheng dans le dit de Tianyi.

 

 

Je crois qu'elle travaille en ce moment à une anthologie sur Mao.

 

Posted by florent at 11:09:32 | Permanent Link | Comments (2) |

Saturday 08 October 2005

Jeu de go

 

 

Le jeu de go est d'origine chinoise, c'est le plus ancien jeu de plateau au monde (4000 avant JC?). Il a été importé par le japon et développé sous le nom de Go. En chinois on dit "WeiQi", en coréen "Baduk"

Le go, je pourrais en parler pendant des heures. Il arrive que j'y joue 15 heures en une semaine ; alors je vais essayer de me limiter à ce qu'on peut dire dans un humble post de ce modeste blog.

La définition la plus simple du go se trouve sans doute dans le registre militaire.

Chacun a un grand nombre de pions, qui sont des soldats (on a soit les noirs soit les blancs). On  les pose tour à tour sur les emplacements d'un échiquier (appelé le "go ban") qui compte 19 lignes et 19 colonnes. Une fois posé le soldat ne bouge plus ; c'est à l'autre de poser un soldat.

Le but est de conquérir le plus grand territoire possible. Si on est en concurrence avec l'adversaire pour un territoire, alors il y a bagarre.

Un soldat ou un groupe de soldats (une pierre adjacente à un groupe fait partie du groupe) est fait prisonnier s'il est encerclé, c'est à dire s'il n'a plus d'espace ni à l'intérieur du groupe ni à l'exterieur.

Voici un exemple de partie, remarquez la concentration, la réflexion, la respiration

 

Voici un go-ban en début de partie : tout est ouvert ; tout est possible ; ou vais je établir mon territoire ? Aussi étonnant que cela puisse paraitre, la question est parfois vertigineuse, elle me donne le tournis.

 

 

Nous sommes maintenant en cours de partie ; le go ban abrite une complexité qui exige une grande lucidité : qui encercle qui ?

 

Les règles du jeu

Les règles du go sont extrèmement simples ; il faut une heure pour les comprendre

Il y a sur internet beaucoup de sites qui les expliquent; voir sur google "jeu de go" ou "go game"; ensuite on peut faire des exercices ; pour cela j'aime bien Sensei's go library et goproblems.com; après on peut jouer en ligne, sur KGS ou sur yahoo.jeux par exemple. Moi je joue sur Yahoo, je m'appelle Pashanren, "l'homme qui escalade la montagne".

Mais bien jouer au go est le fruit d'un travail colossal et nécessite d'être doté de qualités phénoménales. Des années d'apprentissage ne suffiraient pas à atteindre le niveau d'un petit professionnel au Japon (on parie ?).

Faites le go mais pas la guerre

J'ai abordé le sujet sur le terrain guerrier, mais il ne faut surtout pas assimiler le go à un jeu de guerre, au sens "combat frontal" et brutal du terme. Les chinois ont une toute autre version de la guerre. Voir ou revoir Sun Tse (l'art de la guerre) pour s'en convaincre.

L'aberration de Verdun (des tranchées parrallèles , ou l'on gagne un jour 100 mètres pour perdre 200 mètres le lendemain, dans un simple rapport de puissance de feu au sens industriel du terme) me semble absolument inconcevable en environnement chinois.

Noir et blanc (Yin et Yang) se complètent plus que ne s'opposent

[Diagram]

Il est fascinant de sentir, en regardant une partie de bons joueurs, la complicité qui relie les deux parties ennemies. Il ne s'agit nullement d'écraser l'autre, de l'étouffer jusqu'à l'asphyxie, mais plutôt de tirer parti, mieux que l'autre, d'une situation complexe et indéchiffrable.

Aspect  passionnant par sa résonnance dans ma vie quotidienne en entreprise. Tant d'énergie à combattre l'autre parce que je crois savoir que ses objectifs sont incompatibles aux miens, au lieu de trouver, de déceler dans la situation donnée ce qui me permet de lui donner et de recevoir plus.

Après la définition militaire, voici donc quelques éclairages de différentes natures sur le jeu de go.

Vision sociale

Le go illustre la force du lien social et du réseau. Un pion isolé, s'il n'est pas rapidement mis au contact d'autres pions, s'affaiblit et a toutes les chances de finir prisonnier. Il faut toujours savoir en posant un pion comment on pourra le connecter à ses pairs, comment il s'intègre dans le réseau social existant.

Vision héroique

Je dois ici introduire un terme japonais : le Tesuji. Un tesuji, c'est un coup qui parait fou dans une situation désespérée, un pion posé en plein territoire de l'ennemi, mais qui en fait relève du génie et va renverser la situation. Même si l'aspect social joue, les petits soldats du go sont capables d'héroisme. Un seul pion audacieux et toute une région du "go ban" change de mains.

Le joueur évolue sans cesse entre ces deux questions : comment poser des actes ambitieux et héroiques, sans perdre de vue la survie du groupe ? Un dilemne qui s'applique au management en entreprise, à la vie de famille, aux choix de vie tout court.

Vision philosophique

Il y a des bouquins sur cela; j'ai particulièrement aimé celui de Franz Woerly, La main du go, aux éditions You feng (rue monsieur le prince à paris). Le go traite de la question de l'être, de la relation à l'autre et au monde, du cheminement, du labyrinthe.

Les visions stratégiques et tactiques se complètent remarquablement bien chez un bon joueur de go ; il pilote sa partie à la fois à long terme et à court terme.

Je me limite à citer trois phrases reprises en ouverture par F Woerly sinon je risque d'être long et confus.  

"Exister, c'est suspendre l'anonymat de l'être, s'y tailler un domaine privé, un univers... soi -l'identité- mais en même temps c'est ne pas pouvoir s'enfuir ou s'absenter de l'existence" Alain FINKIELKRAUT

"Je et moi sont engagés dans un dialogue trop véhément. Comment serait il supportable s'il n'y avait pas l'ami?" Frédéric NIETZSCHE

"La complexité du monde réel est infinie; le nombre d'outils qu'on peut trouver pour l'aborder est très faible" Benoît MENDELBROT

(PS : j'en profite pour dire que je recherche les coordonnées de Franz Woerly car j'aimerais lui demander s'il accepterait d'animer un stage dans mon environnement professionnel ; j'ai une idée en tête. J'ai écrit à l'éditeur du livre mais sans succès ; google est muet ; Avis de recherche ...)

Vision architecturale

C'est pas du tout mon rayon ; je me contenterai de dire qu'en prenant une bière rue du bac avec un jeune architecte qui passait beaucoup de temps à Chengdu sur des projets d'urbanisme, nous avons senti une connivence extraordinaire sur la fascination que le go exerce sur qui s'y intéresse.  Ce jeune architecte état passionné par la vision d'espace (ou plutôt d'espace d'espaces) que donne le jeu de go.

Je peux me polariser sur une région du jeu, y mener des combats acharnés, mais sans me rendre compte que l'adversaire est en train de gagner facilement de grands territoires à l'autre bout du go ban.

Inversement je peux voir large, essaimer des petites colonies partout, mais dont une petite partie restera en vie, par manque de concentration sur le local, sur le terrain où l'on se bat parfois terriblement pour une pierre.

Entre le local et le global, il faut toujours là aussi rester équilibré. Cette exigence n'est elle pas d'une fascinante modernité ?

Vision mathématique

Je fais simplement référence à un très bon papier sur internet, qui compare les échecs au go. L'article explique que le go est très largement plus complexe que les échecs. Les raisons en sont la taille du plateau, l'approche circulaire des tactiques (plutôt que la forme frontale des échecs ; voir l'aimable allusion à Verdun plus haut),  les possibles retournements de situation locale (si 3 noirs étaient encerclés par 8 blancs, mais que ces 8 blancs se retrouvent encerclés par 15 noirs, tout change...).

L'auteur estime que le nombre de parties possibles de go (dix puissance sept cent) est supérieur au carré du nombre de parties d'échecs (dix puissance deux cent cinquante). A ces niveaux de complexité me direz vous, on a du mal à s'y retrouver dans tous les cas...

Vision informatique

Compte tenu de la complexité mathématique du go, la vague de l'informatique est tout simplement impuissante. Malgré des armées de programmeurs attelés à la tâche, aucun programme de go n'est aujourd'hui capable de battre un petit joueur professionnel ! Alors que les programmes d'échecs rivalisent déjà depuis longtemps avec les meilleurs mondiaux,  un milliardaire taiwanais s'est proposé d'offrir une importante récompense à qui développerait un programme de go décent.

Ce simple échec de l'informatique face au go (je n'ai rien contre l'informatique car j'en vis) montre selon moi l'inépuisable richesse du jeu, et surtout le fait qu'il mobilise l'être humain dans son ensemble.

Vision Humaine

Jouer au go, c'est un travail de réflexion, mais aussi de maîtrise de soi, car les émotions montent très vite et il faut les contrôler : peur, angoisse, aggressivité, colère. Ces émotions nous font perdre la tête.

Je garderai longtemps ce souvenir d'un tournoi de go à Taverny, auquel participait un chinois (Shanghaien immigré en France) qui compte parmi les meilleurs francais.

Je voyais son adversaire francais (3e Dan amateur, ce qui est déjà pas mal du tout) cogiter ; sa tête semblait receler un bouillonnement intense ; les yeux exorbités, il était totalement concentré, mais presque irritable dans son activité mentale. Les traits de son visage montraient une certaine souffrance, un rictus indiquant qu'il ne passait pas un très bon moment Sa gorge bloquait des émotions. Il avait la respiration courte et l'air soucieux.

En face de lui, ce joueur de go shanghaien professionnel, le visage parfaitement impassible et détendu. Les yeux regardaient le Go ban, très intensément certes, mais le reste du visage aurait pu faire croire qu'il était en train de faire la vaisselle.

Par contre sa respiration m'a littéralement fasciné. Une respiration lente, profonde, avec le ventre. Comme quand j'arrive trop tard pour embrasser mes enfants qui dorment déjà ; je regarde leur ventre qui se soulève et se rabaisse dans un rythme si naturel.

J'avais déjà senti, avant de découvrir la culture chinoise, combien notre culture occidentale (particulièrement les lumières du 18e et plus tard les cohortes d'ingénieurs des 30 glorieuses je crois) a focalisé notre perception sur notre activité mentale.

Nous en avons d'ailleurs je crois pris conscience en occident : la victoire du QE (quotient émotionnel) sur le QI comme seul indicateur de l'intelligence, la sophrologie ou encore le succès des formes de méditation intégrant plus le corps , la perception, le centre instinctif du ventre le démontrent.

(Voir à ce sujet les bouquins sur l'énnéagramme, méthode de connaissance de soi qui montre bien, autour de 9 types de personnalité, les trois centres de la personne : cerveau pour la pensée, coeur pour les émotions et ventre pour l'instinct.)

Le ventre n'a rien de négligeable ou de méprisable, au contraire !

Les chinois y voient le centre névralgique pour l'énergie vitale, le "dantian" (voir post sur le Qigong). Cette vision les aide beaucoup dans ce jeu infiniment riche et complexe, qui mobilise toute la personne.

 

 

En conclusion une photo d'un vieux club de go au japon. J'aurais aimé y être, juste pour voir !

 

PS pour rappel : "j'aimerais tant avoir le ventre aussi souple que celui d'un nourrisson" Zhuang Zi

Posted by florent at 11:32:26 | Permanent Link | Comments (12) |

Qi gong

                 

J'essaie de pratiquer le Qigong, dans mon jardin, dans la forêt, dans le vignoble champenois, dans la campagne charentaise.

D'où vient le qigong? C'est le fruit de siècles de pratiques (liées au taoisme à l'origine) visant à retrouver l'harmonie entre soi et le monde, par la respiration et par une série de mouvements lents. 

Ces pratiques millénaires, qu'on peut appeler Taichi pour résumer, ont d'abord été condamnées par le régime communiste chinois, jusqu'à ce qu'un haut cadre du parti, gravement malade, soit guéri par un maitre de taichi (le taichi a également une fonction médicinale).

Le régime a alors fabriqué un Taichi épuré de nombreuses facettes religieuses ou mystiques, qui n'étaient pas jugées "révolutionnairement correctes". Il en est ressorti une gymnastique toute simple appelée qigong, et largement pratiquée dans les jardins publics chinois encore aujourd'hui. 

Le problème du qigong, c'est qu'il a été simplifié à l'extrème. Il est devenu une espèce de ballet mou et syrupeux, coupé de ses siècles d'histoires et de ses significations profondes. Un spectacle comme celui de la photo parait affligeant, au premier regard, à un occidental. Un puriste de la sinologie serait outré par ce massacre abominable et brutal.

Mais moi je remercie la clique communiste de m'avoir rendu accessible une forme de la culture chinoise, comme je les remercie d'avoir simplifié la langue (le chinois simplifié visait à rendre la langue écrite à la portée des paysans analphabètes : avec 800 caractères on sort de l'analphabétisme. Pour moi qui ne vaux guère mieux qu'un paysan analphabète, c'est une bonne nouvelle. Un exemple : je vous laisse deviner quel est le caractère traditionnel et quel est le même caractère en simplifié Figure B-4 Traditional and simplified versions of a Chinese character. Merci Mao !).

 

L'avantage du qigong, c'est qu'il est facile à apprendre. Pas besoin d'un maitre, on peut progresser avec un bouquin ; c'est très simple. Pas besoin de rentrer dans les subtilités de l'histoire, elles ont été soigneusement nettoyées.

En faisant du taichi, il faudrait par exemple appréhender la figure du "décrochement de machoire" ; je ne me sens pas capable de m'investir pour en comprendre la signification et essayer de la faire.

Alors que les positions de qigong sont pour le moins basiques :

 

Que dit le Qigong ?

Je simplifie beaucoup, mais le Qigong signifie pour moi retrouver le contact avec les choses, avec la force yang qui vient du ciel, avec le yin de la terre qui recoit et redonne. Le terme de Qi  désigne un courant d'énergie, une force de vie qui circule à travers les choses et les êtres. Il s'agit de sentir le Qi qui circule en soi, de laisser ressortir du "Qi usagé", d'accueillir du Qi vivifiant, de ne pas obstruer la fluidité du Qi.

 

Prenons l'exemple de la figure dite de la grue (la grue est symbole de longévité pour les chinois) : 

 

On commence par sentir en soi la circulation du Qi le long de la colonne vertébrale, dans la tête, puis le long du ventre vers le bas. Le Qi part d'un point vital (dantian) situé sous l'estomac.

Est ce que le Qi est un courant nerveux ? lymphatique ? par quels canaux circule t il ? le dantian est il situé dans un organe, un morceau de viande bien identifié par la médecine occidentale et ses dissections ? Je n'en sais absolument rien. Par contre je sens le Qi qui circule en moi. Je sens ce point vital du dantian et c'est l'essentiel.

Continuons la figure de la grue : après des mouvements lents en fléchissant et remontant les genoux et les bras, on se place dans une position fort inconfortable, qui n'est pas sans évoquer la grue qui se tient penchée au bord du lac, mais qui exige un désagréable déséquilibre, penché en avant sur la pointe des pieds avec les bras derrière le corps. Cette position fait sentir le Qi usagé en soi. On reste quelques secondes comme cela, concentré sur sa respiration. Puis on reprend un bon équilibre sur ses pieds et on place les mains vers l'avant, en expirant, afin d'expulser ce Qi usagé.

Ensuite on lève les bras au ciel, pour accueillir son Qi. Un exercice d'ouverture très agréable ; s'il y a du soleil, on en sent la caresse bénéfique. Puis on baisse les bras et le torse vers la terre pour passer le Qi recu à la terre, symbole Yin (fécondité, passivité, obscurité). La figure continue ainsi avec une vingtaine de positions.

Ce que j'aime dans ces exercices, c'est qu'ils sont à la fois physiques et mentaux. Ma culture occidentale m'a appris que j'avais un corps et un esprit, deux choses très différentes.

Pour faire travailler mon esprit, je prends un  bon Dostoïevsky ou je rentre dans un café philo pour débattre de la mystique : transcendante ou immanente?

Pour faire travailler mon corps, je prends mon VTT ou je vais courir 20 bornes dans la forêt. Je bourine jusqu'à m'user les ménisques. J'en ressors épuisé mais heureux ; mon corps a bien travaillé.

Je suis peut être spécial mais le vis comme cela.

 

Le Qigong est différent, c'est à la fois une discipline du corps et de l'esprit. Si je me sens bien concentré, détendu, ayant réussi à faire le vide dans ma tête, c'est bon mais pas parfait. Si je me sens bien dans mon corps, que j'ai une bonne conscience des mouvements de mes muscles, de mes membres qui traversent l'air, de mes pieds qui reposent sur le sol, c'est bon mais pas parfait.

Le moment idéal, c'est quand je ne sens ni l'un ni l'autre, ou les deux. Je ne sais pas. En tout cas mes perceptions mentales et physiques ne font qu'un. Cette harmonie est bonne pour moi.

Ah ! si je pouvais avoir le ventre aussi souple que celui d'un nourrisson !

Zhuang Zi  

Posted by florent at 09:41:37 | Permanent Link | Comments (8) |