Thursday 03 April 2008

Un poème de Wang Wei 王维 sur l'exil

Wang wei est un très grand poète tang, haut fonctionnaire qui appréciait le retrait de la vie publique.

Il faut savoir que ce poème est composé pour la fête du double 9 (重陽節 parfois appelée fête des chrysanthèmes), fête lors de laquelle on grimpe sur des lieux élevés (montagnes ; tours). On plante aussi ce jour là des 茱萸, arbrisseaux à fruits rouges, les cornouillers (ou peut être, en regardant les photos google, des arbousiers?), pour faire fuir les mauvais esprits. Wangwei pense à ses proches de la province du Shandong, loin de laquelle il se trouve.

Ici le terme 兄弟 désigne plus les "êtres chers, famille et amis", que seulement les "frères".
Le second vers est extrêmement connu ; il figure souvent sur les boîtes de gâteaux de lune.


王维
九日九日亿山东兄弟

独在异乡为异客
每逢佳节倍思亲
遥知兄弟登高处
遍插茱萸少一人



Wang Wei
Un jour de fête, pensée pour mes proches du Shandong.

Seul en terre étrangère, je deviens solitaire
A chaque festival, j'y repense et regrette
De loin je songe aux proches, grimpant le promontoire
Plantant les arbrisseaux...    un seul manque à la fête



Posted by florent at 00:43:07 | Permanent Link | Comments (0) |

Wednesday 02 April 2008

Un poème contemporain : peut être 也许

Voici un poème de WEN Yiduo: 聞一多(1899 -1946)
C'est une ode funèbre, que nous avons traduit à plusieurs sur un forum. Merci à Fougère et à François !

也许 - 葬歌
Peut être
Ode funèbre

也许你真是哭得太累,
也许,也许你该睡一睡,
那么叫夜鹰不要咳嗽,
蛙不要号,蝙蝠不要飞。

Peut-être pleurais-tu d'épuisement
Peut-être, peut-être devais-tu dormir un moment.
Allons, petit oiseau, ne jacasse pas comme cela;
La grenouille, ne coasse plus ! et la chauve souris, ne vole pas !

不许阳光拨你的眼廉,
不许清风刷上你的眉,
无论谁都不能惊醒你,
撑一伞松荫庇护你睡。

Que la lumière du soleil ne t'effleure pas les yeux,
Que le vent frais n'ose faire frémir tes sourcils!
Plus rien ni personne ne saurait maintenant te réveiller,
Bien à l'ombre du pin parasol, tu reposes.

也许你听着蚯蚓翻泥,
听这小草的根须吸水,
也许你听着这般音乐,
比那咒骂的人声更美。

Peut-être, en écoutant les vers remuer sous la terre,
Entendras-tu les petites racines aspirer l'eau du sol.
Peut-être, en entendant cette musique là,
La trouveras tu plus belle que la dure voix des hommes.

那么你先把眼皮闭紧,
我就让你睡,我让你睡,
我把黄土轻轻盖着你,
我叫纸钱儿缓缓的飞。

Alors comme tu gardes les paupières fermées,
Je vais te laisser dormir, je te laisse dormir.
De terre jaune je vais doucement te recouvrir,
Lentement, je brûle au vent les monnaies de papier.




Posted by florent at 22:45:00 | Permanent Link | Comments (4) |

Sunday 30 March 2008

Poésies

Voici quelques poésies de mes enfants, qu'il me plaît de partager ici.

D'abord Philibert, qui a dix ans et qui aime la pluie, alors qu'il n'aime pas du tout la destruction de la planète par les hommes (autant prévenir, car le second poème est plutôt violent).

Trois contrastes

Sous son rayon d'or,
Se cache le diable.
Il brûle et ne pardonne pas
Le soleil.

Sous son regard froid
Se cache un ange
Elle nous repose
Elle nous calme et nous déstresse
Elle nous berce et nous endort,
La nuit

Elle nous abreuve
Elle est sage et plus vieille que nous
Notre vie a commencé dans ses  bras
Sous son regard vieux se cache Dieu
La pluie



L'homme

La terre est vivante
Posted by florent at 11:59:50 | Permanent Link | Comments (3) |

Saturday 22 March 2008

Jacques Pimpaneau Dans un Jardin de Chine 7/10

M Pimpaneau est une personne fascinante et attachante, selon les dires de ceux qui l'ont connu.

Et ce petit livre  d'une centaine de pages le confirme : l'auteur parvient à nous faire rêver devant toutes sortes de descriptions de jardins chinois, à tel point qu'en levant les yeux du livre on se demande ce qu'on fait encore là. Nous devrions immédiatement nous retirer et aménager un petit paradis pour y observer les beautés et les cycles de la nature.

Il se passe beaucoup de choses dans les jardins. Le poète y chante la fleur, la solitude ou la joie du retrait, et bon nombre de thèmes taoïstes.
Les grands romans chinois ne sont pas en reste : le rêve dans le pavillon rouge donne de longues et belles descriptions de jardins, le jinpingmei 金瓶梅 y décrit des jeux d'amour tout à fait émoustillants, avec les gravures anciennes judicieusement choisies par l'auteur. Enfin de nombreux lettrés sont cités par M Pimpaneau : Zhang Dai et Yuan Zhong Dao pour ne retenir que deux lettrés Ming.
On lit aussi des guides pratiques du jardinage, souvent d'époque Ming ou Qing, en lesquels on perçoit l'attachement chinois aux arts du jardin.

Les poèmes ou textes illustrant le jardin sont tous magnifiques, reprenons juste un thème qui m'avait marqué dans un poème de Meng Haoran : aube du printemps. C'est une sorte de nostalgie légère que le poète ressent en voyant les pétales tomber des arbres. Il regrette quelquechose, voudrait presque les remettre en position pour que cette beauté ne soit plus éphémère. ce thème transparait aussi dans un passage du rêve dans le pavillon rouge :

Un jour après déjeuner, [...] Baoyu se dirigea vers la retenue d'eau des pétales mouillées avec, sous le bras, la pièce de théâtre Le pavillon de l'aile ouest.
Il s'assit sur un rocher sous un pêcher et, prenant le premier volume, il se mit à lire très attentivement. Il en était arrivé aux vers sur les fleurs rouges qui tombaient sur le sol quand le vent se mit à souffler et l'arbre au dessus de lui répandit soudain une pluie de pétales sur ses vêtements, sur son livre et toute la terre autour. Il ne voulut pas les épousseter, craignant qu'on ne marche dessus. Il en ramassa autant qu'il put et les mit dans le giron de sa robe en la relevant. Il les porta jusqu'au bord de l'eau où il les répandit en les secouant. Les pétales dansèrent en cercles sur l'eau avant de disparaître par où s'écoulait le trop plein. A son retour, il en découvrit beaucoup plus qui étaient tombées en son absence. Tandis qu'il se demandait que faire, une voix se fit entendre derrière lui.
"Que fais tu ?"
Il se retourna et vit Daiyu. Elle portait sur l'épaule une houe au manche de laquelle étaient suspendus un sac de toile et un râteau.
"tu arrives au bon moment, lui dit Baiyu en lui souriant. Balaie ces pétales et jette-les pour moi dans l'eau.
- Ce n'est pas une bonne idée de les jeter dans l'eau, rétorqua Daiyu. Ici l'eau est claire mais ensuite elle coule le long des maisons et elle devient sale, si bien qu'elles sont quand même finalement souillées. Dans le coin là-bas j'ai une tombe pour les fleurs : je les balaie, les mets dans ce sac de soie pour les enterrer, afin qu'elles retournent lentement à la terre. N'est ce pas un moyen plus convenable ?"
Baoyu admira fort cette idée.



A la fin du livre, M Pimpaneau regrette un peu une certaine disparition de l'art du jardin en Chine. Je voudrais le remercier d'avoir si bellement gardé vivant ces merveilles de jardins chinois !

Voir sinon le site d'une exposition de la BNF sur le paysage et le jardin dans leurs représentations chinoises.
Posted by florent at 14:51:10 | Permanent Link | Comments (1) |

Thursday 29 November 2007

Un poème Tang de 李商隐

Li Shangyin 李商隐 est un fameux poète Tang, originaire de la ville de Xingyang 荥阳 au Henan. Il manie particulièrement l'allusion, ce qui rend sa traduction en francais difficile. Les sous-entendus de ses poèmes ont donné lieu à des siècles de débats en Chine. Nous ne sommes pas ici dans l'humour ni dans le satirique, mais dans le sentimental :


向晚意不适,驱车登古原。

夕阳无限好,只是近黄昏。

Crépuscule, esprit endolori ;
Je conduis mon chariot à travers le plateau.

Ce coucher de soleil est infiniment beau,
Mais tellement proche de la nuit !






























Posted by florent at 22:29:38 | Permanent Link | Comments (6) |

Sunday 18 November 2007

De la musique avant toute chose

Je parle beaucoup de poésie dans ce blog (26 billets), avec un intérêt particulier pour la traduction de poésie chinoise

Voici quelques vers de Verlaine qui m'ont transporté. L'auteur donne des conseils à un ami pour écrire de la poésie ; les huit premiers vers sonnant à mes oreilles comme un discours taoiste :

Art poétique

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

Posted by florent at 13:30:37 | Permanent Link | Comments (2) |

Saturday 10 November 2007

Encore un poème de Sushi : 题西林壁

Plusieurs lecteurs avaient apprécié le poème sur une ivresse au clair de lune (il y a aussi celui de ses dix ans de veuvage), alors voici encore un poème de Su Shi (苏轼) ou Su Dongpo. Nous sommes aujourd'hui en montagne, près du fameux sommet de lushan.

Ce poème très connu nous dit comme nous ne voyons pas ce grand monde tant que nous restons immergés dedans.


题西林壁

苏轼

横看成岭侧成峰,
远近高低各不同。

不识庐山真面目,
只缘身在此山中



La muraille(1) de Silin ; su shi


Regardant droit devant moi, je vois des cols de tous côtés

Vers le haut s'élèvent des sommets dans la tramontane

Lointains et proches, hauts et bas, ils sont si variés !

Le vrai visage de cette montagne, je ne peux le connaître tant que je suis dans Lushan (2).



Notes :

(1) Ici peut être un mur autant qu'une falaise. C'est sans doute le second, nous avons conservé muraille qui peut aussi être naturel

(2) Lushan est une montagne sacrée du Jiangxi 江西. Si lin 西林 est sans doute un lieu dit de la région avec une belle vue.

(Encore merci à Jade pour son aide dans la traduction ; j'ai mis du temps à comprendre le 身)
Posted by florent at 10:55:11 | Permanent Link | Comments (1) |

Friday 19 October 2007

Gao Xingjian La montagne de l'âme 9/10

    J'avais peur de commencer ce livre réputé ardu, et je m'étais familiarisé avec l'auteur en commençant par lire une canne à pêche pour mon grand père.

J'ai trouvé ce livre époustouflant ; je l'ai lu très rapidement, parfois en haletant, parfois avec dégoût (certains passages peuvent être bien crus), parfois avec une paix profonde et avec une incroyable communion à l'auteur. Dans mon expérience c'est un livre qu'on lit avec le ventre autant qu'avec la tête ou le cœur.


Ce livre que l'auteur a mis sept ans à écrire (voir une interview de l'auteur) , c'est l'histoire d'un homme qui recherche son âme. Il a cru qu'il allait mourir d'un cancer mais c'était une fausse alerte ; il part donc voyager au centre, au sud et à l'ouest de la chine. Il déambule (逛)  dans de petites villes, des villages, des hameaux ; des lieux naturels (souvent en montagne).




Encre de gao xingjian : « illusion » Encre de gao xingjian : « illusion »



Le style littéraire est résolument moderne : pas d'unité de temps, ni de lieu. Le chapître 72 explique bien les choix stylistiques de l'auteur. Chaque chapitre est un peu une « bulle de présent ». Certaines histoires se suivent tous les deux chapitres. Certains personnages sont touffus ; on les confond alors qu'on croit les reconnaître à divers endroits du livre. Mais c'est passionnant.


Reprenons quelques courts passages sur quelques thèmes du livre : l'amour, la langue, les coutumes populaires, la nature, l'écologie, la conscience.

Posted by florent at 01:11:43 | Permanent Link | Comments (2) |

Wednesday 26 September 2007

Mi-automne

Joyeuse fête de la mi-automne ! C'était hier soir ; le ciel était un peu voilé à Paris.

C'est une fête importante, le 15 du 9e mois lunaire, lors de laquelle on veille en famille, récitant des poèmes sous la lune qui symbolise l'unité de la famille.

Alors voici encore un poème ; difficile à traduire, pour lequel Jade m'a encore énormément aidé.

C'est une oeuvre d'un fameux poète de la dynastie Song, Su Shi (je préfère son autre nom de Su Dongpo, qui permet de ne pas le confondre avec les sashimi ou autres yakitori)


水调歌头

明月几时有?把酒问青天。

不知天上宫阙,今夕是何年。

我欲乘风归去,又恐琼楼玉宇,高处不胜寒。

起舞弄清影,何似在人间?


转朱阁,低绮户,照无眠。

不应有恨,何事长向别时圆?

人有悲欢离合,月有阴晴圆缺,此事古难全。

但愿人长久,千里共婵娟。


Poème en style 水调歌头, composé en état d'ébriété (l'abus d'alcool est déconseillé de nos jours) par Su Dongpo un soir de mi-automne lors d'adieux à son frère.


Lune, depuis quand brilles-tu ? Et jusqu'à quand ? Un verre de vin à la main, je le demande au ciel pur.

Et en quelle année sont-ils là-haut, au palais des dieux ?

Je voudrais bien chevaucher le vent pour y aller, mais la peur d'être seul au froid palais de jade me retient.

Me mettant à danser, je joue avec mon ombre. Ne suis-je pas ici-bas aussi bien qu'au ciel ?

Le clair de lune se ballade le long des murs du pavillon orné de rouge, caressant la fenêtre décorée*, éclairant celui qui ne dort pas.

Oh lune ! il n'y a pas de haine entre nous ; alors pourquoi es-tu si ronde** et belle juste au moment de nos adieux ?

Les hommes alternent peines et joies, séparations et retrouvailles ;

La lune se montre tour à tour claire et obscure, ronde et incomplète. Il en a toujours été ainsi.

Ah ! Si seulement nous pouvions rester unis pour toujours, partageant à mille lieues l'un de l'autre la beauté de dame lune !


* Les fenêtres étaient faites de papier ou de tissu

** La lune ronde symbolise la perfection de la famille réunie.
Commentaires :

Le poème est dans un style de "chant" très précis, avec un rythme particulier impossible à retranscrire malheureusement. La sonorité du poème est magnifique. La traduction francaise est nécessairement plus verbeuse que le texte chinois (vous pouvez compter les mots pour voir ;-)

L'état d'esprit du poète a été très difficile à discerner, entre une certaine légèreté (alcool ; élan  vers le ciel ; gentille familiarité avec la lune), et une claire tristesse à l'idée de devoir quitter son frère. Le sensible gangounet a eu une interprétation beaucoup plus joyeuse, voire euphorique, du même poème.

Posted by florent at 23:59:05 | Permanent Link | Comments (7) |

Tuesday 18 September 2007

Aube du printemps, un poème de 孟浩然.

Voici un poème de Meng Haoran 孟浩然, grand poète Tang de la nature, qui côtoya Li Bai 李白 et Wang Wei 王维 .

Je dédie cette traduction à ma femme, que j'aime. 

C'est bientôt l'automne, me direz-vous. Mais voilà, il se trouve que j'ai croisé beaucoup plus de poèmes chinois parlant du printemps que de l'automne (alors que je dirais l'inverse pour les poèmes français). Le printemps, et particulièrement les fleurs qui tombent, sont de grands thèmes poétiques chinois.

Réveil au printemps

Dans mon sommeil , je n'ai pas senti l'aube de printemps venir.

Partout autour s'entend le chant des oiseaux.

La nuit est passée, bruissant de vent et d'averses ;

Combien de rameaux ont dû perdre leurs fleurs !


Il faut savoir que le terme d'aube désigne en chinois à la fois le lever du jour, et l'éveil spirituel, l'éveil à la connaissance (comme dans 晓得)

Je vois dans ce poème une nostalgie, celle d'un homme empêtré dans son passé (la nuit de l'hiver) plutôt agité (pluie et vent). Les choses changent autour de lui, mais il ne s'y éveille pas (le terme 不觉 signifie aussi "inconscient"), et se rend compte trop tard qu'il a manqué la beauté d'un instant fugace.

春晓

春眠不觉晓,

处处闻啼鸟,

夜来风雨声,

花落知多少。

 Le voici écrit au stylo par ma prof de chinois (en simplifié moderne) ; j'essaierai de le calligraphier prochainement.

Image attachée

Posted by florent at 22:47:40 | Permanent Link | Comments (13) |
1 2 3 4