Monday 24 March 2008

Gao Xingjian Le livre d'un homme seul 8/10

Après La montagne de l'âme et une canne à pêche pour mon grand père, signalons ici ce livre excellent de Gao Xingjian 高行健, prix nobel de littérature.


J'ai fini ce livre il y a plus de deux semaines, mais n'ai rien lu depuis (sauf un tout petit Pimpaneau dans le métro). Je n'ai pas eu non plus envie de venir en parler ici plus tôt. Je digérais, j'assimilais, je ruminais ce livre qui m'a encore beaucoup marqué.

Il a été écrit après la montagne de l'âme, dont la sérénité m'avait ébloui. Mais point de sérénité dans Le livre d'un Homme Seul.

C'est une souffrance qui sort ; la souffrance d'un écrivain dont la carrière est brisée (ou devrait on dire propulsée?) par la révolution culturelle. Gao Xingjian a connu six ans de travaux à la campagne à cette période. Une scène tragique, qu'il a vécu en personne je crois, le place devant le poële de sa chambre un soir, sous la pression de ces inquisiteurs qui traquent les écrits subversifs jusque dans vos malles. La menace est trop forte, l'auteur prend tous ses manuscrits et les brûle.

Il est brisé ; sa vie perd son sens et ne pourra être vécue qu'après avoir quitté son pays, dans l'étourdissement des voyages, de la découverte de l'étranger, des plaisirs de la chair avec une juive allemande.

En fait je n'ai pas envie d'en parler beaucoup ; le livre remue profondément. Quelques mots me viennent à l'esprit : absurde ; écrasement ; fuite ; mur ; indiscible ; oubli dans l'amour ; peur ; destruction.

Un petit passage quand même, au début du chapître 31 :
Un bourbier immense, quelques herbes rares, toi au milieu de ce bourbier, le corps imprégné de la puanteur de la vase, tu voudrais regagner un endroit sec, te laver le visage et le cors avec l'eau qui stagne à la surface du bourbier, mais tu sais parfaitement que de toute façon tu n'arriveras pas à te laver complètement, il te faut en sortir, tu dois sauter, sinon tu sombreras dans la boue, et si tu trébuches, tu devras encore ramper, dans la plus grande confusion, au milieu de cette eau et de cette boue...

Lisez le livre !
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Saturday 22 March 2008

Jacques Pimpaneau Dans un Jardin de Chine 7/10

M Pimpaneau est une personne fascinante et attachante, selon les dires de ceux qui l'ont connu.

Et ce petit livre  d'une centaine de pages le confirme : l'auteur parvient à nous faire rêver devant toutes sortes de descriptions de jardins chinois, à tel point qu'en levant les yeux du livre on se demande ce qu'on fait encore là. Nous devrions immédiatement nous retirer et aménager un petit paradis pour y observer les beautés et les cycles de la nature.

Il se passe beaucoup de choses dans les jardins. Le poète y chante la fleur, la solitude ou la joie du retrait, et bon nombre de thèmes taoïstes.
Les grands romans chinois ne sont pas en reste : le rêve dans le pavillon rouge donne de longues et belles descriptions de jardins, le jinpingmei 金瓶梅 y décrit des jeux d'amour tout à fait émoustillants, avec les gravures anciennes judicieusement choisies par l'auteur. Enfin de nombreux lettrés sont cités par M Pimpaneau : Zhang Dai et Yuan Zhong Dao pour ne retenir que deux lettrés Ming.
On lit aussi des guides pratiques du jardinage, souvent d'époque Ming ou Qing, en lesquels on perçoit l'attachement chinois aux arts du jardin.

Les poèmes ou textes illustrant le jardin sont tous magnifiques, reprenons juste un thème qui m'avait marqué dans un poème de Meng Haoran : aube du printemps. C'est une sorte de nostalgie légère que le poète ressent en voyant les pétales tomber des arbres. Il regrette quelquechose, voudrait presque les remettre en position pour que cette beauté ne soit plus éphémère. ce thème transparait aussi dans un passage du rêve dans le pavillon rouge :

Un jour après déjeuner, [...] Baoyu se dirigea vers la retenue d'eau des pétales mouillées avec, sous le bras, la pièce de théâtre Le pavillon de l'aile ouest.
Il s'assit sur un rocher sous un pêcher et, prenant le premier volume, il se mit à lire très attentivement. Il en était arrivé aux vers sur les fleurs rouges qui tombaient sur le sol quand le vent se mit à souffler et l'arbre au dessus de lui répandit soudain une pluie de pétales sur ses vêtements, sur son livre et toute la terre autour. Il ne voulut pas les épousseter, craignant qu'on ne marche dessus. Il en ramassa autant qu'il put et les mit dans le giron de sa robe en la relevant. Il les porta jusqu'au bord de l'eau où il les répandit en les secouant. Les pétales dansèrent en cercles sur l'eau avant de disparaître par où s'écoulait le trop plein. A son retour, il en découvrit beaucoup plus qui étaient tombées en son absence. Tandis qu'il se demandait que faire, une voix se fit entendre derrière lui.
"Que fais tu ?"
Il se retourna et vit Daiyu. Elle portait sur l'épaule une houe au manche de laquelle étaient suspendus un sac de toile et un râteau.
"tu arrives au bon moment, lui dit Baiyu en lui souriant. Balaie ces pétales et jette-les pour moi dans l'eau.
- Ce n'est pas une bonne idée de les jeter dans l'eau, rétorqua Daiyu. Ici l'eau est claire mais ensuite elle coule le long des maisons et elle devient sale, si bien qu'elles sont quand même finalement souillées. Dans le coin là-bas j'ai une tombe pour les fleurs : je les balaie, les mets dans ce sac de soie pour les enterrer, afin qu'elles retournent lentement à la terre. N'est ce pas un moyen plus convenable ?"
Baoyu admira fort cette idée.



A la fin du livre, M Pimpaneau regrette un peu une certaine disparition de l'art du jardin en Chine. Je voudrais le remercier d'avoir si bellement gardé vivant ces merveilles de jardins chinois !

Voir sinon le site d'une exposition de la BNF sur le paysage et le jardin dans leurs représentations chinoises.
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Wednesday 12 March 2008

Littérature, blog et traducteurs

A tous ceux qui s'intéressent à la littérature chinoise, je recommande  ce lien vers le blog de quelques traducteurs, dont Noël Dutrait, l'excellent traducteur de Gao Xingjian, Mo Yan, et de beaucoup d'autres écrivains cités ici dans la rubrique "lectures".

 thumbs up
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Saturday 09 February 2008

Zhu Xiao-Mei La rivière et son secret 7/10

Variations GoldbergJ'ai lu ce livre à Rome, avec Grand plaisir. Zhu Xiao-Mei est pianiste, vivant aujourd'hui en France. Elle est professeur au conservatoire national de musique. J'avais déjà écouté les Variations Goldberg de Bach (CD Mirare), qu'elle joue avec beaucoup de douceur.

Son livre raconte simplement sa vie qui commence en 1960 : son enfance à Pékin au conservatoire ; le piano qui arrive à la maison et l'enchante ; la montée de la révolution culturelle qui se traduit par l'évolution suivante du programme éducatif :

  •  Introduction de quelques cours idéologiques en plus des cours de musique.
  •  Cours répartis à 50/50 entre idéologie et musique
  •  Les cours de musique sont exclusivement sur la musique chinoise; toute la musique occidentale est déclarée subversive.
  • Plus aucun cours de musique; uniquement des cours idéologiques; uniquement sur le petit livre rouge.
  • Puis arrive la libéralisation; on peut lire autre chose que Mao (même si cela reste limité à Marx et quelques élus); on peut graduellement recommencer à faire de la musique, mais la plupart des profs ont disparu; limogés, suicidés; détruits.

Zhu Xiao-Mei adhère à la révolution ; elle renie sa grand-mère, accepte d'espionner une camarade de conservatoire, puis part à la campagne pour se rééduquer ; elle est par sa naissance d'une « mauvaise extraction », c'est une出身不好 chushenbuhao ; comme ses quatre sœurs qui sont toutes exilées. On comprend dans le livre que la démarche n'était pas totalement imposée. Certaines personnes sont parties d'elles mêmes pour 上山下乡, pour se rééduquer à la campagne.

Les travaux au camp 4619 de ZhangJiaKo sont absurdes, surréalistes ; il y a des passages très durs ; l'ambiance se détend un peu vers la fin, quand le système se relâche et qu'elle peut commencer à jouer de la musique en expliquant à ses paysans de gardes que la pièce de Schubert qu'ils entendent est en fait un hymne révolutionnaire cubain !


Puis Zhu Xiao-Mei rentre chez elle ; retrouve sa famille et la musique. Elle veut quitter son pays. Commence alors le passage qui m'a le plus touché dans le livre. Après un passage à Hong Kong chez de la famille, histoire d'épargner de quoi s'acheter un billet d'avion, elle s'envole pour les Etats Unis. Et là commence une vie d'errance, de précarité. Elle survit en faisant des ménages et dépense son épargne en cours de piano et en places de concert. La veille de l'expiration de son visa, elle arrive à faire un mariage blanc pour éviter de retourner en Chine.


Mais elle est déçue par la société américaine où tout se monnaie, dans une pression économique forte, et où la musique n'est pas valorisée suffisamment. Elle trouve qu'on n'y respecte pas les artistes. Elle rencontre toutefois des américains qui lui font découvrir sa propre culture chinoise classique, notamment le taoïsme avec Laozi et Zhuangzi.

Elle part en France et là elle découvre combien paris est une ville d'entraide pour les artistes. Un jeune brésilien, une vieille dame iranienne, des professeurs de piano vont se démener pour l'aider à s'installer et à jouer. Ces pages sont merveilleuses et très touchantes. On découvre combien Paris reste fidèle à une belle tradition artistique.



Prenons quelques passages notables.


Page 33 (ed Robert Laffont) figure un curieux caractère chinois, qui n'existe pas je pense. Je l'ai refait à l'identique sur paint et le voici :


L'auteur commente ainsi , expliquant que son père lui a expliqué en lui dessinant le caractère « honnêteté » :

« Xiao-Mei, la croix au dessus, c'est le nombre dix, en dessous, tu as les yeux. Et dans le coin à gauche, une personne. Dix personnes te regardent. C'est cela l'honnêteté ».
Curieux. Je pense qu'elle parle du caractère 值 zhi2, qui signifie « valeur » et qui est composé d'un homme à gauche, et d'un composant phonétique 直 (qui n'apporte donc pas de sens) à droite.

J'ai souvent vu des chinois faire des interprétations fantaisistes de leurs caractères, et tant mieux ; ils sont de merveilleux supports pour l'imagination.



Au chapitre 20 page 236, l'auteur vivant aux Etats-Unis reçoit une lettre touchante de son père qui a trouvé la paix par une sorte de conversion au taoïsme en lisant des « dazangjing » (textes bouddhistes !). La lettre est très belle.


Page 255 une scène très drôle à Paris où la pianiste arrête un cours au beau milieu d'une pièce (une davidsbündlertänze) devant son professeur ébahi. L'heure de cours vient de terminer et elle n'a pas un centime de plus pour payer des heures supplémentaires ! Le professeur lui ordonne de ne pas couper son morceau comme cela et évidemment ne lui compte pas de temps supplémentaire. En deux jours son prof lui trouve une bourse, un logement, des pianos (chaque jour de la semaine un élève prète son piano à Xiao Mei pour qu'elle pratique).




Page 266 une magnifique description des Variations Goldberg de Bach, avec beaucoup de sensibilité.




A la fin du chapitre 29 , page 318, une jolie description de la sagesse taoiste que l'auteur découvre à 40 ans.




Page 321 une réaction typiquement chinoise contre le prosélytisme religieux dont les occidentaux sont capables.



Bref, c'est là un bon livre que je recommande.
Posted by florent at 19:25:42 | Permanent Link | Comments (4) |

Yu Hua Cris dans la bruine 8/10

Un très beau livre que je viens de finir. L'auteur Yu Hua, originaire du Zhejiang, est connu indirectement ; c'est lui qui a écrit « Vivre » en 1994, livre merveilleusement porté à l'écran par Zhang Yimou. Il a aussi écrit « le vendeur de sang » que je crois avoir déjà lu dans un recueil de nouvelles.

J'ai beaucoup aimé ce film « Vivre » mais ma femme un peu moins. Ceux qui l'ont vu se souviennent de cette scène d'accouchement en plein pendant la révolution culturelle. Ce sont des paysannes infirmières qui font l'accouchement. Se déclare une hémorragie ; mais il n'y a aucun docteur ! La panique dans l'hôpital ; ces paysannes si sûres d'elles avec leur brassard rouge et leur air sévère perdent tous les moyens qu'elles n'ont jamais eu. On part dans la rue trouver un docteur ; on ramène un vieillard exsangue, les lunettes brisées, le dos chargé de la cangue (cet infâmant linteau de bois porté sur les épaules). Le docteur veut bien aider mais il est épuisé ; il n'a pas mangé depuis trois jours. Quelqu'un court lui chercher des petits pains « mantou » 馒头 dans la rue.

Le vieux docteur en avale douze de suite et meurt étouffé. Pendant ce temps la femme (jouée par Gong Li) meurt en couche.  Horrible scène ; une absurdité extrême. Si ma femme est restée marquée par cette scène vue ensemble, c'est parce que la nuit même, juste après le film, elle accouchait de son premier enfant !


« Vivre », c'est la famille plus importante que l'adversité. Une sorte d'instinct de la famille qui est plus fort que toutes les passions (le jeu) et que toutes les humiliations (le Maoïsme).


Et « cris dans la bruine » aborde aussi merveilleusement bien ce thème de la famille, dans les yeux d'un jeune garçon d'une dizaine d'années. Il est mal-aimé par rapport à ses deux frères ; son père infidèle et violent l'envoie chez un autre  couple dans une ville éloignée. L'histoire se passe en pleine période maoiste, mais l'auteur n'étale aucune accusation de type idéologique. Il montre juste toutes les atteintes à la famille ; par bêtise ou par violence. Tout se découvre dans les regard d'un petit garçon ; les infidélités ouvertes du père, le total irrespect du grand père qui a pourtant eu une vie étonnante et dont on attend juste qu'il meure ; les mouvements telluriques de l'adolescence ; tout cela est merveilleusement bien écrit et décrit.
 

Un passage m'a intrigué p290 (chez actes sud) : alors qu'un élève a fait un graffiti injurieux sur les murs de l'école ; le sévère professeur se tourne vers notre héros Sun et l'accuse en lui disant "je reconnais ton écriture!". Ce passage me pose deux questions :
- Peut on reconnaître l'écriture de quelqu'un en chinois ?
- Y a t il dans la tradition ou aujourd'hui une graphologie chinoise ?

Finissons ce billet par une coincidence (ou un clin d'oeil?) : nous avions croisé dans la nouvelle Guxiang de Luxun une "princesse du tofu", en référence à la beauté de XiShi 西施. Et bien on trouve aussi une "princesse XiShi 西施 du tofu" dans ce "cris dans la brume" (page 277 chez Actes sud) ; amusant, non ?
 

A lire !

Posted by florent at 16:23:01 | Permanent Link | Comments (6) |

Sunday 06 January 2008

Shi Tiesheng Fatalité 4/10

Ce recueil de six nouvelles de Shi Tiesheng, parus chez Gallimard NRF dans la collection "du monde entier"; il est traduit en français par Annie Curien. Les nouvelles traitent toutes du destin.

Shi tiesheng est né à Pékin en 1951, il a été envoyé aux champs pendant la révolution culturelle. Il est paralysé depuis l'âge de 21 ans et il écrit depuis 1979.

Je n'ai pas beaucoup apprécié ce livre. J'en retiens simplement un pays imaginaire, dans la première nouvelle, une île dans laquelle l'on élève d'étranges poissons. Les descriptions étaient assez prenantes ; l'imagination voyageait. Ou bien, dans la dernière nouvelle (le ditan et moi), cette description d'un parc public que l'auteur fréquente assidûment dans son fauteuil roulant depuis 15 ans.

Mais globalement les réflexions sur la fatalité ne m'ont pas beaucoup inspiré. Voilà.

Alors finissons par un passage du Zhuangzi au chapître 2  , passage très beau sur le thème du destin, qui fait de nous des êtres perpétuellement ouverts :

Or, on suit son propre cœur en ce qu’il a de déjà entier, on le prend pour maître — et qui d’ailleurs se passerait de maître? À quoi bon connaître la modification si le cœur de lui-même, en s’en emparant, la maîtrise? Le sot s’en accommode. Déclarer que son propre cœur n’est pas obstrué, que l’on distingue entre exactitude et erreur, équivaut à prétendre partir aujourd’hui pour Yue afin d’y arriver hier. Cela revient à prendre l’absence pour la présence. Que l’absence soit présence, malgré Yu devenu émanation, nul n’a le pouvoir de le savoir. Dès lors, comment le moi universel pourrait y remédier?
Posted by florent at 22:32:12 | Permanent Link | Comments (2) |

Sunday 23 December 2007

Frédéric Lenormand, le Château du lac Tchou-An 7/10


Il s'agit des nouvelles aventures du juge Ti, dans la droite lignée de ces merveilleuses enquêtes policières écrites par Robert Van Gulik, un de mes livres préférés sur la Chine.

Le juge Ti est donc de retour , sous la plume de Frederic Lenormand. Comme c'est un roman policier, je ne peux rien dévoiler de l'histoire.
Je me contenterai d'apprécier la grande qualité de construction de l'intrigue. Même si les détails pratiques sur ce qu'était la vie des chinois sous la dynastie Tang ne montrent pas la truculence ou l'érudition de M Van Gulik, le livre reste très agréable à lire, parfois drôle, avec un terrible suspense...
Posted by florent at 19:34:44 | Permanent Link | Comments (2) |

Saturday 22 December 2007

Lao She : l'homme qui ne mentait jamais 4/10

Voici, après le célèbre tireur de pousse, un recueil de nouvelles du même auteur. Elles sont écrites dans les années trente, donc très marquées par le communisme grandissant et par les réflexions sur la modernisation de la Chine. Le visage livide et exsangue de la femme qui illustre la couverture est emblématique de cette Chine à genoux que Laoshe décrit.

Ce recueil paru chez Picquier publie certaines nouvelles pour la première fois en francais, avec une traduction de Claude Payen.

La première nouvelle, qui porte le titre du recueil (l'homme qui ne mentait jamais), dévoile un homme marié et père, engoncé dans un carcan moral qui l'empêche de vivre. Elle est assez touchante : comment rechercher l'intégrité sans se torturer soi même ?
On voit dans Un vieillard sentimental un homme qui, faisant à soixante ans le bilan de sa vie, décide enfin de s'affirmer.
Vieille tragédie pour temps modernes est la plus longue des nouvelles ; elle nous présente un homme déchiré entre son désir de s'enrichir et sa volonté de rester vertueux.
 
Plusieurs nouvelles m'ont semblé peu intéressantes, parce qu'elles avaient vieilli ou parce qu'elles manquaient de substance. La mort d'un chien donne tout simplement l'ordre au lecteur de se soulever contre l'envahisseur japonais.  Le nouvel Emile n'est qu'un pâle plagiat de Jean-Jacques Rousseau dans un environnement chinois. Ne parlons pas du nouvel Hamlet qui m'a déçu.

La nouvelle que j'ai préféré est Li le noir et Li le blanc. on y découvre la discorde entre deux frères. On sent toujours ce fonds révolutionnaire de lutte des classes dans le texte, mais il y a en début de texte une jolie opposition entre l'un des frères qui choisit la modernité, s'affirme et ambitionne une carrière, et l'autre frère qui reste dans la tradition, chargé du poids des ancêtres, de la fratrie, de la divination, et qui trouve refuge dans la religion chrétienne. La nouvelle décrit très joliment ces situations et les choix de vie des deux frères.
Posted by florent at 13:07:33 | Permanent Link | Comments (0) |

Thursday 13 December 2007

Une nouvelle de Luxun : Le pays natal (Guxiang 故乡)

Voici encore, après Kong Yiji une traduction amateur de mon cru (avec les précieuses corrections de Jade ; merci jade !) pour une nouvelle du célèbre écrivain Luxun, qui cette fois traite du thème du pays natal.

Cette nouvelle très nostalgique m’a rappelé les récits de Marcel Pagnol, qui court la garrigue avec son copain Lagneau dans « le temps des amours ».


On remarquera dans le texte une référence de Luxun aux Français et à Napoléon …

(cliquer ici pour le texte en chinois)

Lu xun : Retour au pays natal (
故乡)


Par un froid de gueux, je suis revenu au pays natal, distant de mille lieues, pays que je n’avais pas revu depuis vingt ans.

Nous sommes au cœur de l’hiver, j’arrive bientôt au terme de mon voyage. Le temps est sombre et maussade, un vent glacial pénètre dans la cabine du bateau, mugissant, s’infiltrant par les fissures du  mur et s’enfuyant vers le ciel jaunâtre. Mon regard s’accroche ici ou là sur quelques villages désolés, sans signe de vie. Je n’arrive pas à supporter le spectacle de cette désolation. Ce village-ci,  ne serait-il pas justement mon village natal, dont mes souvenirs remontent à plus de vingt ans ?

Celui dont je me souviens était complètement différent. Mon village natal était vraiment mieux.  Mais quand je cherche à me rappeler sa beauté, à dire ce qu’il avait de bon, alors les impressions ne remontent pas, les mots ne viennent pas. J’en déduis que mon village était peut être finalement comme cela. J’en déduis que bien qu’il n’y ait eu aucun progrès, je ne dois pas nécessairement ressentir cette impression de misère, que c’est seulement mon cœur et mon regard qui ont changé en ce jour où je retrouve mon pays natal, qu’il n’y avait peut être à l’origine aucun émerveillement.

Aujourd’hui, je suis revenu pour
Posted by florent at 23:00:50 | Permanent Link | Comments (4) |

Une nouvelle de Luxun : Guxiang 故乡

Voici le texte chinois de la nouvelle de Luxun : 故乡
(pour la traduction francaise cliquer ici)

故乡
我冒了严寒,回到相隔二千余里,别了二十余年的故乡去。
  时候既然是深冬;渐近故乡时,天气又阴晦了,冷风吹进船舱中,呜呜的响,从蓬隙向外一望,苍黄的天底下,远近横着几个萧索的荒村,没有一些活气。我的心禁不住悲凉起来了。阿!这不是我二十年来时时记得的故乡?
  我所记得的故乡全不如此。我的故乡好得多了。但要我记起他的美丽,说出他的佳处来,却又没有影像,没有言辞了。仿佛也就如此。于是我自己解释说:故乡本也如此,——虽然没有进步,也未必有如我所感的悲凉,这只是我自己心情的改变罢了,因为我这次回乡,本没有什么好心绪。
Posted by florent at 22:58:11 | Permanent Link | Comments (0) |
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