Sunday 27 April 2008

Traduire ce n'est pas trahir

Les questions qui se posent sur la traduction entre Français et Chinois me passionnent.

Est ce possible ou non de traduire ?
Doit-on viser la fidélité ou la créativité pour plus d'intelligibilité ?
Cherche-t-on l'exotisme ou bien la naturalisation ?


J'avais posté ici une belle bourde de traduction, ainsi que pas mal de poésies et deux nouvelles de Luxun : Guxiang et Kong Yiji.
 
Voici un lien passionnant vers une réflexion sur la question. J'en reprends quelques extraits :

(mes commentaires ou introductions sont entre parenthèses)

La langue et la culture chinoises semblent précisément pouvoir nous offrir, en tant qu’Occidentaux, ce point
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Thursday 03 April 2008

Un poème de Wang Wei 王维 sur l'exil

Wang wei est un très grand poète tang, haut fonctionnaire qui appréciait le retrait de la vie publique.

Il faut savoir que ce poème est composé pour la fête du double 9 (重陽節 parfois appelée fête des chrysanthèmes), fête lors de laquelle on grimpe sur des lieux élevés (montagnes ; tours). On plante aussi ce jour là des 茱萸, arbrisseaux à fruits rouges, les cornouillers (ou peut être, en regardant les photos google, des arbousiers?), pour faire fuir les mauvais esprits. Wangwei pense à ses proches de la province du Shandong, loin de laquelle il se trouve.

Ici le terme 兄弟 désigne plus les "êtres chers, famille et amis", que seulement les "frères".
Le second vers est extrêmement connu ; il figure souvent sur les boîtes de gâteaux de lune.


王维
九日九日亿山东兄弟

独在异乡为异客
每逢佳节倍思亲
遥知兄弟登高处
遍插茱萸少一人



Wang Wei
Un jour de fête, pensée pour mes proches du Shandong.

Seul en terre étrangère, je deviens solitaire
A chaque festival, j'y repense et regrette
De loin je songe aux proches, grimpant le promontoire
Plantant les arbrisseaux...    un seul manque à la fête



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Wednesday 02 April 2008

Un poème contemporain : peut être 也许

Voici un poème de WEN Yiduo: 聞一多(1899 -1946)
C'est une ode funèbre, que nous avons traduit à plusieurs sur un forum. Merci à Fougère et à François !

也许 - 葬歌
Peut être
Ode funèbre

也许你真是哭得太累,
也许,也许你该睡一睡,
那么叫夜鹰不要咳嗽,
蛙不要号,蝙蝠不要飞。

Peut-être pleurais-tu d'épuisement
Peut-être, peut-être devais-tu dormir un moment.
Allons, petit oiseau, ne jacasse pas comme cela;
La grenouille, ne coasse plus ! et la chauve souris, ne vole pas !

不许阳光拨你的眼廉,
不许清风刷上你的眉,
无论谁都不能惊醒你,
撑一伞松荫庇护你睡。

Que la lumière du soleil ne t'effleure pas les yeux,
Que le vent frais n'ose faire frémir tes sourcils!
Plus rien ni personne ne saurait maintenant te réveiller,
Bien à l'ombre du pin parasol, tu reposes.

也许你听着蚯蚓翻泥,
听这小草的根须吸水,
也许你听着这般音乐,
比那咒骂的人声更美。

Peut-être, en écoutant les vers remuer sous la terre,
Entendras-tu les petites racines aspirer l'eau du sol.
Peut-être, en entendant cette musique là,
La trouveras tu plus belle que la dure voix des hommes.

那么你先把眼皮闭紧,
我就让你睡,我让你睡,
我把黄土轻轻盖着你,
我叫纸钱儿缓缓的飞。

Alors comme tu gardes les paupières fermées,
Je vais te laisser dormir, je te laisse dormir.
De terre jaune je vais doucement te recouvrir,
Lentement, je brûle au vent les monnaies de papier.




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Saturday 22 March 2008

Huile 油


Parlons aujourd'hui de ce caractère chinois.

Comme souvent le champ sémantique du caractère chinois est extrêmement large ; il recouvre beaucoup de sens différents, qu'il convient de regrouper sous la même ombrelle pour l'étudiant qui veut bien retenir le caractère.

L'huile huile 油油 c'est quelquechose de brillant, qui coule naturellement, quelquechose de luxuriant ou dense aussi.
L'huile de pierre 石油 c'est le pétrole.
L'huile de vache 牛油 c'est le beurre.
L'huile gâteau 油饼 c'est le beignet.
L'huile pour les chaussures 鞋油 c'est le cirage
L'huile de crevette 虾油 c'est la sauce à la crevette. 
L'artisan-huile 油匠 c'est le peintre
L'huile-poire 油梨 c'est l'avocat.
L'huile de fumée 烟油 c'est le goudron, et le "jus de pipe", ce liquide noirâtre qui s'y accumule, c'est 烟袋油子
Mais reprenons quelques couleurs : 玫瑰油 c'est l'eau de rose.

"Jeter de l'huile sur le feu" existe en chinois dans une version très littérale : 烈火烹油
Le diction 肉肥汤油 nous dit que "quand le cochon est bien gras, même le bouillon est savoureux".

Plusieurs expressions figurées avec l'huile me semblent mystérieuses.

Le "soldat-huile" 兵油子 c'est un ancien combattant.
流油 signifie transpirer beaucoup mais n'est pas à prendre de manière négative.
滚瓜流油 associe l'idée de sinueux à celle d'élégant ; comme ces jardins chinois qui s'ouvrent petit à petit au regard.
老油子 c'est quelqu'un qui a de la classe (surprenant pour un francais ! quoiqu'on puisse parler des "huiles" aussi pour les grands patrons ou les grands fonctionnaires. Les huiles sont-elles ces gouttes qui flottent au dessus de l'eau, comme le "gratin" ?)

蜜里调油 , littéralement "mielleux-huileux", désigne un attachement mutuel tendre et profond (indélébile comme une tache d'huile?).
省油的灯 c'est en argot une lampe à faible consommation d'huile, et au sens figuré quelqu'un qui passe inaperçu, ne cause pas de soucis.

Une expression joue sur l'homonymie de 游 (voyager) avec 油  ;ainsi 打游飞 peut aussi s'écrire 打油飞 pour dire "errer"

Et finissons par une expression signalée par Olive, et dont je n'arrive pas à déchiffrer la logique, peut être que des visiteurs avisés le sauront ?

拖油瓶 (tuō yóu píng) ,  "tirer la bouteille d'huile",
désigne les enfants d'un mariage précédent
(qui vivent avec la seconde femme du père)

D'où vient cette expression ? Comment l'expliquer ?
Posted by florent at 10:20:26 | Permanent Link | Comments (2) |

Wednesday 27 February 2008

Pictogramme californien

On croit souvent que le chinois est une langue qui dessine les choses, alors que les langues occidentales écriraient les sons. C'est moins simple que cela : un caractère chinois a souvent un composant sémantique et un composant phonétique . Et il existe des mots en alphabet romain qui ont un composant sémantique, c'est à dire une lettre qui dessine son objet.

En voici un exemple tiré d'un voyage en Californie, parmi les magnifiques vignobles de la Napa valley au nord de San Francisco, où je viens de passer quelques jours.
Image attachée


En haut de l'image , on lit "pedestrian xing". Le second mot est aussi souvent écrit "X-ing". Il désigne un carrefour, un passage. Il est formé d'un "X" qui décrit la croix symbolisant le carrefour, et d'un "ing" phonétique. Ainsi le mot se prononce "crossing". En anglais on pourrait aussi citer le "U-Turn" ou bien "X-mas" pour "christmas", Noël. Ou encore le "T-bone steak" ou bien le "Tshirt".

Et en francais en existe t il, des mots "idéogrammes" comme celui là ?

Après y avoir réfléchi avec les membres du forum lechinatown, nous n'en avons que deux à proposer. Et encore, ce ne sont pas vraiment des pictogrammes car ils dessinent la lettre plutôt qu'un objet particulier. Plus exactement, ils décrivent un objet qui se trouve avoir la forme d'une lettre. C'est le "Té", instrument de dessin (ou aussi de plomberie) en forme de T , et l'"Esse", substantif féminin, qui désigne un crochet de boucherie ou bien un outil de maçonnerie, tous deux en forme de S.

Serait-ce possible que notre langue ait aussi peu d'imagination ? Avez vous idée de mots qui dessinent leur objet en français ?
Posted by florent at 04:01:59 | Permanent Link | Comments (6) |

Sunday 27 January 2008

La diversité des langues

J'ai tenté sur ce blog de parler en vidéo de mon expérience personnelle d'apprentissage du chinois (c'est ma huitième année maintenant).

Voici un bel exposé sur la diversité des langues par le suisse Claude Piron, qui nous a quitté il y a quelques jours.

alt : http://www.youtube.com/v/amP-Vt-u0Q4&rel=1
C'est très intéressant je trouve ; même si sa phrase "le chinois ne souffre aucune exception" me semble incorrecte. Il  confond la flexion (la conjugaison des verbes ; la déclinaison des mots) avec l'exception.

Si vous avez aimé il y a dix leçons comme cela ; elles sont toutes sur son site
(j'ai beaucoup apprécié la 4, la 8 et la 9 sur le cerveau)

1. Se comprendre...
2. La diversité des langues
3. Le handicap linguistique
4. Les instances internationales
5. Passer d'une langue à l'autre
6. Les langues, ça coûte
7. La peur du réel
8. Le fonctionnement du cerveau
9. La programmation génétique
10. La solution

Posted by florent at 18:09:27 | Permanent Link | Comments (0) |

Sunday 13 January 2008

Index étymologique

Ce blog compte plusieurs billets sur la formation des caractères chinois "hanzi" ; en voici un index rapide, en commencant par une introduction vidéo (où j’explique ma démarche) et par quelques courts films montrant l’évolution de caractères dans l’histoire :


Ces analyses sont parfois dans le registre humain :

, la transformation sans douleur
启发 : éveiller, stimuler, inspirer
鼓舞tambour danser
谦虚  La modestie ou faire de soi un désert

le cerveau 

Compliqué 复杂

了解 : comprendre et diversité.

Se ruer :

la biture (avec une vidéo ;-)

Dessine moi un "bruyant" :

Ane de Buridan

Règle de conduite

le gain
 

Tristesse, 憂鬱

Copain co-pain

Jalousie

: Punir

Le corps (3 billets)

yao4 = "vouloir" ... la taille d'une belle femme ?

: en pleine santé, en pleine forme
 学习 Etudier ; apprendre à voler de ses propres ailes
Déambuler

abandonner (un bébé)
: Tours et pagodes 
calculer (au boulier) 
La cuisine épicée, un fagot de souffrances
Un porridge fumant

滋味 La saveur

Le ketchup

Le qipao : 旗袍
Devenir éléphant

吉利Bon augure

, Pièges et précipices
Pièges, champs et masques


Parfois on se trouve dans le registre physique, animal ou naturel

La neige

Gris-Cendre

Le corbeau

, Le comté du pendu

l’aigle, le faucon 
 
三峡 les trois gorges
Le mouton , c'est bon...

Discernement
l'hirondelle





Ou bien dans des expressions plutôt modernes (ce qui est certes peu politiquement correct, pour des mots à l’histoire millénaire)

Le commerce 贸易

: Le commerce liquide
独资 duzi : une société détenue à 100%
Une explication tirée par les cheveux 

yu : un caractère qui fait de l'accordéon
La voiture
履历表 : un CV pour dire où l’on a traîné ses guêtres

  piao le ticket

医疗保险La sécurité sociale


Cet index ne couvre que les billets récents ; voici ici pour un index des billets plus anciens

(merci à Elie dont les magnifiques calligraphies illustrent ce billet)
Posted by florent at 15:01:09 | Permanent Link | Comments (0) |

Thursday 13 December 2007

Une nouvelle de Luxun : Le pays natal (Guxiang 故乡)

Voici encore, après Kong Yiji une traduction amateur de mon cru (avec les précieuses corrections de Jade ; merci jade !) pour une nouvelle du célèbre écrivain Luxun, qui cette fois traite du thème du pays natal.

Cette nouvelle très nostalgique m’a rappelé les récits de Marcel Pagnol, qui court la garrigue avec son copain Lagneau dans « le temps des amours ».


On remarquera dans le texte une référence de Luxun aux Français et à Napoléon …

(cliquer ici pour le texte en chinois)

Lu xun : Retour au pays natal (
故乡)


Par un froid de gueux, je suis revenu au pays natal, distant de mille lieues, pays que je n’avais pas revu depuis vingt ans.

Nous sommes au cœur de l’hiver, j’arrive bientôt au terme de mon voyage. Le temps est sombre et maussade, un vent glacial pénètre dans la cabine du bateau, mugissant, s’infiltrant par les fissures du  mur et s’enfuyant vers le ciel jaunâtre. Mon regard s’accroche ici ou là sur quelques villages désolés, sans signe de vie. Je n’arrive pas à supporter le spectacle de cette désolation. Ce village-ci,  ne serait-il pas justement mon village natal, dont mes souvenirs remontent à plus de vingt ans ?

Celui dont je me souviens était complètement différent. Mon village natal était vraiment mieux.  Mais quand je cherche à me rappeler sa beauté, à dire ce qu’il avait de bon, alors les impressions ne remontent pas, les mots ne viennent pas. J’en déduis que mon village était peut être finalement comme cela. J’en déduis que bien qu’il n’y ait eu aucun progrès, je ne dois pas nécessairement ressentir cette impression de misère, que c’est seulement mon cœur et mon regard qui ont changé en ce jour où je retrouve mon pays natal, qu’il n’y avait peut être à l’origine aucun émerveillement.

Aujourd’hui, je suis revenu pour
Posted by florent at 23:00:50 | Permanent Link | Comments (4) |

Une nouvelle de Luxun : Guxiang 故乡

Voici le texte chinois de la nouvelle de Luxun : 故乡
(pour la traduction francaise cliquer ici)

故乡
我冒了严寒,回到相隔二千余里,别了二十余年的故乡去。
  时候既然是深冬;渐近故乡时,天气又阴晦了,冷风吹进船舱中,呜呜的响,从蓬隙向外一望,苍黄的天底下,远近横着几个萧索的荒村,没有一些活气。我的心禁不住悲凉起来了。阿!这不是我二十年来时时记得的故乡?
  我所记得的故乡全不如此。我的故乡好得多了。但要我记起他的美丽,说出他的佳处来,却又没有影像,没有言辞了。仿佛也就如此。于是我自己解释说:故乡本也如此,——虽然没有进步,也未必有如我所感的悲凉,这只是我自己心情的改变罢了,因为我这次回乡,本没有什么好心绪。
Posted by florent at 22:58:11 | Permanent Link | Comments (0) |

Tuesday 11 December 2007

C'est du chinois

Le père jésuite Matteo Ricci écrivait il y a quatre siècles que :

" Je me suis appliqué à la langue chinoise et j'assure Votre Révérence que c'est une autre chose que le grec ou l'allemand (...)
La langue parlée est sujette à tant d'équivoques que beaucoup de sons signifient plus de mille choses et parfois il n'y a d'autre différence entre l'une et l'autre que de prononcer le son avec la voix plus élevée ou plus basse en quatre espèces de tons. C'est pourquoi, parfois, quand ils parlent entre eux, ils écrivent pour faire comprendre ce qu'ils veulent dire, car les choses sont différentes par l'écriture l'une de l'autre. Quant aux caractères, c'est une chose à laquelle on ne peut croire si on ne l'a pas vu ou expérimenté comme je l'ai fait. Il y a autant de lettres que de paroles et de choses (...) Leur manière d'écrire est plutôt une manière de peindre et c'est pourquoi ils écrivent avec un pinceau comme nos peintres. Il en découle cette utilité que toutes les nations qui ont cette écriture peuvent se comprendre au moyen des lettres et des livres bien que leurs langues soient très différentes. "
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